Nous laisser appeler par le temps à venir — Editorial de Mgr Fonlupt pour le mois de février 2026
Nous laisser appeler par le temps à venir
Le mois de février s’ouvre à nous. Il sera marqué de plusieurs étapes importantes accompagnées par la liturgie.
Le 2 février nous célébrons la fête de la présentation du Seigneur au temple, et la journée mondiale de la vie religieuse. Celle-ci vient mettre en lumière et célébrer le rôle des personnes engagées dans la vie consacrée au sein de l’Église catholique.
Une journée placée en premier lieu sous le signe de l’action de grâce. Il est heureux de remercier le Seigneur pour le grand don de la vie consacrée, qui enrichit et réjouit l’Église par la multiplicité des charismes et l’engagement de tant de vies totalement données au Seigneur et aux frères.
Cette journée est aussi une invitation pour toutes les personnes consacrées « à célébrer ensemble les merveilles que le Seigneur a accomplies en elles. Nous la marquerons cette journée dans le diocèse avec des représentants de toutes nos communautés et congrégations religieuses le samedi 7, accueillis par nos sœurs franciscaines. L’année 2026 est en effet celle où la famille franciscaine célèbre le 800ème anniversaire de la naissance au ciel de son fondateur.
Le mercredi 18 février, est le mercredi des cendres, journée d’entrée dans le temps du carême pour déjà tourner notre cœur vers le mystère de la Pâque du Christ et emprunter ce chemin avec lui, avec les moyens offerts de la prière, de la pénitence et du partage.
Dans l’élan, le 22 février,1er dimanche du carême, je célébrerai à l’église de Montfavet l’appel décisif des catéchumènes qui seront invités à recevoir dans la nuit de Pâques et le temps pascal, les sacrements de l’initiation chrétienne : le baptême, la confirmation et l’eucharistie. Cette année ils sont plus d’une centaine, de tout âge, de tout milieu, de tout lieu. Je viens de passer plusieurs heures à lire les lettres que chacun d’entre eux a écrites pour exprimer et personnaliser son souhait et sa demande de recevoir le baptême.
Ces courriers sont une grâce particulière pour l’évêque que je suis comme pour tous les évêques, dans la charge qui est la nôtre d’intégrer de nouveaux croyants au sein de la communauté ecclésiale. A travers le partage de chacun, s’exprime de manière proche, concrète, la vie des uns et des autres, marquées par des joies, des difficultés, des questions, des souffrances, des attentes, des ouvertures…. Exprimant la profondeur d’une attente, d’une recherche, et la joie d’une Rencontre, d’une Parole, de la vie avec d’autres en Eglise.
C’est ainsi un tout autre regard sur la vie des personnes qui est offert, bien différent de celui qui nous est proposé par les moyens d’information ou les réseaux sociaux.
Jésus nous le dit : « Il y a beaucoup de demeures dans la maison du Père ». En lisant ces lettres, je le constate à nouveau, il y a bien des portes d’entrée pour accéder au mystère du Christ, pour rejoindre l’Eglise. Des situations de vie qui entrainent des questions profondes, questions de la vie, de la souffrance, du malheur ; des témoignages d’attention et de proximité ; pour des jeunes des temps partagés, la lecture des Evangiles, de la Bible, l’entrée dans une église, des événements marquants, des personnes qui font signe et qui appellent…
Autant de situations réveillant en chacun une recherche profonde et le désir de ne plus s’y dérober.
‘Bien tardivement j’ai ressenti l’amour de Dieu ‘ écrit l’un deux. On pense à St Augustin :
« Tard je T’ai aimée, Beauté ancienne et si nouvelle. Tu étais au-dedans de moi et moi j’étais dehors, et c’est là que je T’ai cherché. Ma laideur occultait tout ce que Tu as fait de beau. Tu étais avec moi et je n’étais pas avec Toi. Ce qui me tenait loin de Toi, ce sont les créatures, qui n’existent qu’en Toi. Tu m’as appelé, Tu as crié, et Tu as vaincu ma surdité. Tu as montré ta Lumière et ta Clarté a chassé ma cécité. Tu as répandu ton Parfum, je T’ai humé, et je soupire après Toi. Je T’ai goûté, j’ai faim et soif de Toi. Tu m’as touché, et je brûle du désir de ta Paix. Amen ! »[1]
Ces étapes sont déterminantes pour la vie de chacune et de chacun d’entre eux, mais aussi pour tous ceux et celles qui les accueillent, prêtres, accompagnateurs, parrains, communautés… Ce mouvement important de catéchumènes rejoignant nos communautés n’est pas de notre initiative. Elle est bien celle de l’Esprit qui rejoint les personnes, les appelle, les entraîne, au cœur même des attentes et des aspirations de la vie de chacun.
Nous en sommes les témoins et les bénéficiaires étonnés. Voilà que des personnes qui nous n’avons pas su rejoindre, viennent vers nous et nous signifient combien elles sont éclairées et appelées par le mystère du Christ. Elles demandent alors à l’Eglise de les accueillir et de les confirmer dans ce don qui leur est fait.
Là est tout le sens du carême. Il est d’abord ce temps des catéchumènes qui se tournent vers le Christ dans la prière le partage et la pénitence et nous demandent de marcher ave eux.
Au long de ce mois va aussi se poursuivre le débat sur l’euthanasie et le suicide assisté, revenant à l’Assemblée nationale. Je conclue par ces quelques éléments du dernier communiqué de notre conférence, éléments que je fais miens, continuant à appeler la responsabilité et l’engagement de chacun.
« La Conférence des évêques de France appelle l’ensemble des députés à écouter l’immense inquiétude des soignants, des patients et de leurs familles. Elle les invite à se mobiliser largement pour faire entendre la voix de celles et ceux qui refusent la possibilité d’administrer une substance létale pour donner la mort mais s’engagent au contraire pour accompagner la vie jusqu’au bout. Enfin, les évêques de France demandent que les débats à venir se déroulent sans précipitation ni accélération dictée par des calendriers électoraux, mais avec exigence et sérénité, au service de la dignité des plus fragiles et en prenant en considération les conséquences anthropologiques et sociétales d’une éventuelle « aide active à mourir »[2]
Que le Seigneur accompagne la route de chacun
Monseigneur François FONLUPT
évêque d'Avignon
[1] Saint Augustin d’Hippone (354-430) – Les Confessions 10, 27
[2] Après le vote du Sénat, les évêques de France invitent les députés à se mobiliser largement et à débattre sans précipitation – Église catholique en France