Lettre d’informations n° 5 des amis de Saint Siffrein
Connaître : Pourquoi un clou de la Passion forgé en mors de cheval ?
La cathédrale Saint Siffrein abrite une des reliques les plus précieuses de l’Eglise catholique : le Saint Mors ou Saint Clou.
Lors de son pèlerinage à Jérusalem en 327, Sainte Hélène, la mère de l’Empereur
Constantin, a retrouvé (on dit « inventé » en langage archéologique) la Croix sur laquelle
Jésus a été crucifié ainsi que les clous utilisés. Après avoir fait raser le temple consacré à
Venus, érigé un siècle auparavant par Hadrien sur l’endroit même du Golgotha, elle fait
mettre à jour la grotte du sépulcre, tombeau où avait été déposé le corps de Jésus, ainsi
que le fossé et la citerne contenant les croix.
Immédiatement, elle décide d’exploiter ces reliques. Elle va ainsi multiplier la Sainte
Croix en utilisant des morceaux pour les insérer dans d’autres croix. Elle va aussi faire
transformer les clous retrouvés en divers objets dont celui qui nous concerne, un mors
de cheval1.
Imaginons donc un instant ce que nous aurions fait dans la position qui était la sienne.
Au moment où elle découvre la Croix sur laquelle le Christ est mort et les clous qui L’ont
transpercé, Hélène est la mère de l’empereur romain dont la charge prédisposait son
titulaire à une dignité universelle, à la fois Auguste vénéré et craint par ses sujets. Mais
elle l’est aussi d’un empereur protecteur2 puis évangélisateur lui-même de la Foi
chrétienne.
C’est en effet Constantin qui érige quasiment celle-ci en religion d’Etat3 avec un culte libéré, un clergé organisé4 et un Credo affirmé5, imposant très tôt le Labarum6 comme symbole des armées et de la monnaie. Il sera même qualifié « Evêque du dehors », « Prince chrétien », « Vicaire et Ambassadeur de Dieu »7.
Hélène savait tout cela. Mais elle savait aussi que l’exercice du pouvoir à Rome, et bientôt
à Constantinople, était fragile et menacé. Elle mesurait combien son Empereur Auguste
de fils était loin de la sainteté pure. Car, malgré une approche personnelle sincèrement
tournée vers le Dieu de Jésus Christ, Constantin fut en permanence sous la contrainte
liée à sa fonction impériale qui l’en éloignait souvent par nécessité8 ou par tradition.
Ainsi semble-t-il raisonnable de décliner la démarche d’Hélène dans son pèlerinage en
Terre Sainte selon trois axes. Le premier d’ordre pénitentiel afin d’obtenir le pardon de
Dieu pour les péchés de son fils. Celui ensuite d’ordre mystique, repris plus tard par les
croisés : aller en Terre Sainte là même où le Christ a vécu et retrouver physiquement les
traces et les reliques de Sa Passion. Enfin, cette démarche est aussi effectuée dans la
quête d’une grâce de protection pour Constantin dans l’exercice à venir de son pouvoir.
On peut de même comprendre qu’elle ait eu la pensée immédiate de placer ces reliques
précieuses dans l’environnement immédiat du titulaire de la fonction impériale et de son
cher fils : limaille de clou dans son casque, son diadème et son bouclier, et clou forgé en
mors pour son cheval9. Ainsi serait assuré en permanence le « contact » entre Constantin
et le Christ.
Hélène connaissait très bien les Ecritures et sans doute la parole du Prophète Zacharie «
en ces jours-là, le frein du cheval sera consacré au Seigneur » 10 Car si le mors est le frein
qui permet au cavalier de ralentir et de stopper son cheval, combien celui qui est forgé
du clou de la Passion de notre Seigneur est-il plus à même de freiner tout manquement
à la bonne conduite générale, et d’empêcher toute séparation de Dieu pour celui qui le
possède.
Quelques remarques complémentaires :
La première de Saint Ambroise (395) « Ce n’est pas le fer mais la Passion de Jésus Christ
que nous vénérons dans le fer ».
La seconde de M.M Andreoli et Lambert11 « Dieu n’a pas jugé à propos de nous donner
plus de détail pour nous apprendre peut-être à modérer notre inquiète curiosité et ne pas
exiger des démonstrations dans une religion dont la Foi constitue le principal
fondement… ».
Enfin, Constantin a reçu le Baptême in extremis sur son lit de mort en 337. Le Credo de
Nicée est toujours le pilier de notre Foi. La colline du Vatican et sa basilique12 sont le
phare de la chrétienté pour le monde entier, et la basilique du Saint Sépulcre13 marque le
lieu où Hélène a retrouvé les Saintes reliques et le tombeau.
Quelle grâce avons-nous de pouvoir nous recueillir devant le Saint Mors de Carpentras !
1 Il y en aura même deux avec un autre clou en forme de mors, quoique complémentaire du premier, aujourd’hui à Milan (Saint Ambroise en témoigne dès 395).
2 Il met fin aux persécutions des chrétiens en 312 par l’Edit de Milan.
3 Ce qui sera officialisé sous Théodose (379-395).
4 Entrepris dès 317.
5 Concile de Nicée Constantinople qu’il préside en 325.
6 Le Chrisme symbole des premiers chrétiens avec les lettres superposées XP premières lettres du mot Christ en grec. Signe aperçu en vision la nuit précédant la bataille victorieuse de Milvius contre Maxence son rival en 312 «Par ce signe tu vaincras».
7 Eusèbe de Césarée dans La vie de Constantin».
8 Ne venait-il pas notamment de faire assassiner sa femme Fausta et l’un de ses fils Crispus qu’il avait eu
avec Minerva sans doute pour écarter une opposition pressentie ou potentielle ?
9 « Hélène ordonna que les freins fussent façonnés à partir d’un clou et elle tressa un diadème avec
l’autre : Constantin fît usage de l’un et de l’autre » : homélie funèbre en l’honneur de Théodose prononcée
par saint Ambroise en 395. Cette citation en latin est reprise sur l’actuel reliquaire du Saint Mors réalisé
par Armand Caillat, orfèvre en 1872.
10 Zacharie (XIV,20), légende biblique qui figure aussi sur l’actuel reliquaire du Saint Mors réalisé par l’orfèvre
Armand Caillat.
11 « Monographie de l’église cathédrale de Saint Siffrein » 1862
12 Première basilique de Saint Pierre érigé par Constantin au-dessus de la tombe de Pierre et qui dura 800
ans avant la construction de la basilique actuelle.
13 Décidée elle aussi par Constantin sur le tombeau du Christ