« L’Amour n’est pas aimé ! »
« L’Amour n’est pas aimé ! » Cette parole bouleversante, nous la devons aux biographes de Catherine de Sienne, en particulier à son confesseur, le dominicain Raymond de Capoue. Ils rapportent qu’elle criait dans les rues : « L’Amour n’est pas aimé ! » jusque dans notre ville d’Avignon où elle est venue au temps du dernier pape de notre cité.
Ils sont si peu connus, ces grands saints de l’histoire de l’Église et de notre Église d’Avignon. Connaissons-nous vraiment la vie de César de Bus, que nous avons célébré le 15 avril dernier ? Savons-nous ce qu’il a vécu, traversé avant sa conversion, pendant et après ?
Brigitte de Suède, épouse et mère devenue veuve a été ensuite religieuse bénédictine, très décriée dans son temps par des membres de l’Eglise, écrivait : « Après la lecture de la Bible, n’ayez aucune lecture préférée à celle de la vie des saints. »
Les saints ne sont pas des parfaits ni des intelligences artificielles : ce sont des hommes et des femmes de leur temps qui ont peu à peu appris à servir le Christ.
Ce sont des vies données et parfois sacrifiées (dans le sens de sacré d’où vient le mot sacrifice).
Les Dialogues de Catherine de Sienne avec le Christ nous montrent avec vigueur ce qu’est la vie de la foi, le chemin de l’Amour à la suite du Christ. Ces Dialogues révèlent une femme engagée dans un combat intérieur profond et passionné : contre l’orgueil, contre le jugement, contre les vanités. Elle-même reconnaît combien il lui en coûtait, combien cela demandait de se relever, de se confesser, de recommencer.
Alors, qu’a fait Catherine ? Elle a consenti. Elle a laissé de la place. Elle s’est dégagée d’elle-même. Elle a permis à Dieu d’agir dans l’espace de son cœur.
Dans un monde où tout se montre, où nous mettons nos vies en scène sur les réseaux sociaux, les saints nous rappellent une vérité : c’est dans le secret du cœur que Dieu déploie sa puissance.
À notre mesure, à notre tour, il nous est donné de répondre à ce cri : « L’Amour n’est pas aimé. »
Grégoire le Grand vient préciser et confirmer ce cri de Sainte Catherine :
« Voyez, frères très chers, si vous êtes vraiment les brebis du bon Pasteur, voyez si vous le connaissez, voyez si vous percevez la lumière de la vérité. Je parle non de la perception de la foi mais de celle de l'amour ; vous percevez non par votre foi, mais par votre comportement. ».
Le péché appartient à l’intimité de la conscience humaine mais il a des conséquences qui touchent toute l’humanité. Elles sont parfois irréparables mais toujours « transfigurables » dans la vérité qui est la Personne du Christ.
Choisir la vérité dans nos actes, c’est aimer le Christ. Sainte Catherine en avait une conscience très vive et elle le dit avec force et avertissements dans les Dialogues.
Choisir le Christ, c’est consentir à se laisser façonner par Lui pour entrer dans le mystère de l’exigence de la vérité de la charité.
*Le Livre des dialogues de Sainte Catherine de Sienne, Louis-Paul Guigues (Traduction)