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La vie contemplative : un appel exigeant et profondément humain

À propos du film « Les Dimanches » de Alauda Ruiz de Azua

Le film Les Dimanches met en scène une adolescente de 17 ans qui annonce à sa famille son désir de devenir religieuse, religieuse contemplative, c’est-à-dire de vivre cloîtrée.

Avec une grande délicatesse, la réalisatrice explore les secousses intérieures que provoque une telle décision : incompréhension, inquiétude, écoute, tensions, amour blessé parfois.

Ce film est précieux parce qu’il est profondément humain. Il ne cherche ni à idéaliser la vocation ni à la discréditer. Il montre qu’un appel traverse une histoire personnelle, avec ses fragilités, ses désirs, ses blessures. La jeune fille n’est ni une héroïne mystique ni une adolescente exaltée : elle est une jeune femme en recherche. Cette justesse nous aide à parler des vocations sans les désincarner.

Il est important d’apporter une nuance : aujourd’hui, on n’entre plus en communauté à 17 ans. L’Église invite les jeunes femmes qui s’interrogent à poursuivre leurs études, à mûrir humainement, affectivement et spirituellement, et à discerner dans la durée. La vie contemplative engage toute une existence ; elle suppose une liberté construite et éprouvée.

Beaucoup de communautés en France sont vieillissantes. Les écarts d’âge peuvent être importants et interrogent légitimement les familles. Cette réalité ne doit pas être occultée. Elle fait partie des questions sérieuses que pose aujourd’hui la vie religieuse. La quasi-disparition de certaines communautés contemplatives dans notre pays est un fait. Raréfaction des vocations, fragilité numérique, transmission difficile : le constat est parfois douloureux.

Et pourtant, la vie contemplative demeure d’une radicale actualité. Elle est une forme de vie exigeante : silence, prière prolongée, fidélité quotidienne, renoncements concrets, stabilité dans un même lieu. Rien de spectaculaire. Rien de mondain. Un don caché.

Dans un monde saturé de paroles et de communication, ce témoignage prend une force particulière.

Comme l’écrivait le dramaturge Valère Novarina :

« Voici que les hommes s’échangent maintenant les mots comme des idoles invisibles, ne s’en forgeant plus qu’une monnaie : nous finirons un jour muets à force de communiquer ; nous deviendrons enfin égaux aux animaux, car les animaux n’ont jamais parlé mais toujours communiqué très-très bien. Il n’y a que le mystère de parler qui nous séparait d’eux. À la fin, nous deviendrons des animaux : dressés par les images, hébétés par l’échange de tout, redevenus des mangeurs du monde et une matière pour la mort. La fin de l’histoire est sans parole. »

À force d’échanges incessants, nous risquons de perdre le goût du silence habité. En ce début de Carême, la vie contemplative nous rappelle que le silence n’est pas vide : il est un espace d’écoute, un lieu de combat intérieur, une manière d’aimer le monde autrement.

Même fragile, même minoritaire, cette vocation demeure un signe pour notre Église et pour notre société. Elle affirme qu’une vie donnée à Dieu n’est pas une fuite hors de l’humanité, mais une manière radicale de l’habiter.

« Aventurer la vie, tout est là. Aventurons notre vie car la gardera mieux celui qui la tient pour perdue. » Ste Thérèse d’Avila.