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« Je suis fille de l’Église » : les martyres d’Orange, 32 religieuses fidèles jusqu’au bout

Le 26 juillet 1794 était exécutée la bienheureuse sœur du Cœur de Jésus Consolin, la première des 55 religieuses à avoir été incarcérée, et la dernière des 32 religieuses à avoir subi le martyre, affirmant courageusement et avec audace à ses juges : « Je suis fille de l’Église ! », refusant de prêter le serment qu’on voulait lui imposer en disant : « La loi humaine ne peut me commander des choses opposées à la loi divine ! » Son martyre et son témoignage sont comme une conclusion qui recueille, tel un bouquet de fleurs choisies, celui de ses compagnes.

La Commission populaire établie à Orange en 1794, comme un tribunal d’exception aux règles iniques, ne laissant pas de place aux droits de la défense, fit, en une quarantaine de séances, 332 victimes, de tout genre et de tout âge, issues des différentes catégories de la société, des plus modestes aux plus prestigieuses.

Parmi ces victimes, la bienheureuse sœur Marie-Rose Deloye, originaire de Sérignan, bénédictine du monastère de l’Assomption de Caderousse. Elle fut la première à comparaître. Les révolutionnaires pensaient qu’en l’isolant, ils obtiendraient plus facilement son serment. Or, avec le chanoine de Lusignan, son compatriote, ils s’encouragèrent au martyre, suivant les enseignements de saint Benoît : « ne rien préférer à l’amour du Christ ».

Les 16 moniales ursulines, vouées à l’éducation des jeunes filles, se distinguèrent par la droiture de leur conscience. Neuf étaient au monastère de Bollène, où l’on peut se recueillir dans leur chapelle ; 4 de leur prestigieuse maison de Pont-Saint-Esprit ; une de celles de Carpentras, une autre de Pernes et la bienheureuse sœur du Cœur de Jésus Consolin de la modeste maison de Sisteron. La beauté et la force de cette éducation humaine éclairée par la foi, chère aux Ursulines, transparaissent dans les paroles de la bienheureuse sœur Saint-André Laye, originaire et moniale de Bollène, lorsque le tribunal lui demande de prêter serment : « Non, je ne le prêterai pas. « Ma conscience et la loi de mon Dieu me le défendent ».

Les 13 moniales du Saint-Sacrement venaient toutes du monastère de Bollène, seule fondation, avant la Révolution, de cet institut établi à Marseille par le Vénérable père Antoine Le Quieu, dominicain inhumé dans l’église de Cadenet. Dans leur Directoire, leur père et fondateur les exhorte : « N'oubliez jamais d’aimer Dieu pour ceux qui ne l’aiment pas… C'est la fin pour laquelle il vous a rassemblés et vous a donné déjà tant de bénédictions » et encore : « C'est Dieu au Saint-Sacrement que vos âmes veulent aimer pour ceux qui ne l’aiment pas. » Dans le don de leur vie, par leur consécration, leur passion et leur martyre, elles ont aimé jusqu’au bout. C’est ce qu’exprime la bienheureuse sœur de l’Annonciation Faurie qui fit profession en 1789 à l’âge de 19 ans et fut la plus jeune à être exécutée, à l’âge de 24 ans, affirmant à sa famille : « S'il faut savoir vivre pour Dieu, il faut aussi savoir mourir pour lui. »

Les sœurs de Justamond, les deux moniales bernardines du monastère Sainte-Catherine d’Avignon, avaient été expulsées de leur monastère pillé et dévasté dès 1790, et avaient rejoint leur famille à Bollène. Puis à la fermeture des monastères de Bollène en 1792, elles se joignirent à leur autre sœur et leur tante, toutes deux ursulines, afin de poursuivre leur vie religieuse en clandestinité sous la conduite de la bienheureuse sœur Saint-Gervais de Roquard. La bienheureuse sœur Madeleine du Saint-Sacrement, au pied de l’échafaud, s’écria : « Oh ! Quel bonheur ! « Je suis bientôt au ciel, je ne puis soutenir les sentiments de ma joie », voyant s’approcher Celui qu’elle a cherché dans le travail, la contemplation et la prière à l’école de saint Bernard.

Les 55 religieuses incarcérées à partir du 2 mai 1794 à la prison de la Clastre, à Orange, se placèrent sous la vigilance de cette même supérieure afin de poursuivre en prison leur vie religieuse, mettant de côté leurs légitimes coutumes propres à chaque ordre, afin de se préparer au martyre, par une vie sacramentelle héroïque, soutenant aussi les plus faibles et fragiles.

Le témoignage de leur vie consacrée, propre à chaque ordre, leur témoignage commun de toutes ensemble réunies dans ces conditions éprouvantes, a soutenu et mis en lumière le témoignage de chacune face à l’épreuve, dans le combat, jusqu’au martyre. Si les conditions historiques ont changé, Celui qui est à la source de leur vie et de leur martyre demeure le même, et pour l’éternité. Le combat héroïque qu’elles ont mené demeure une force, un encouragement, un enseignement pour ceux que nous devons mener aujourd’hui.

Monsieur l’abbé Bruno GERTHOUX

Monsieur l’abbé Bruno GERTHOUX

Prêtre, Chancelier et archiviste