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Homélie pour les funérailles de Jean-Marie Jouve, diacre et horloger d’Avignon

Homélie prononcée par le chanoine Pierre AVERAN le 12 août 2026 à la paroisse St Ruf pour la messe de funérailles de Jean-Marie JOUVE

C'est une longue vie qui vient de s'achever. Notre ami Jean-Marie Jouve aurait fêté ses 98 ans le 31 octobre prochain. une vie toute simple, sans « estrambord », comme on dit chez nous, mais riche en sainteté, dont je peux témoigner sans exagération et qui faisait mon admiration, car j'ai eu le privilège et la joie d'être son ami et l'ami de son couple durant plus de cinquante années.

Le pape François appelait ce type de sainteté la classe moyenne de la sainteté. Chez notre ami, celle-ci se déployait de plusieurs manières :

D'abord par une foi absolument indéfectible, qu'il avait héritée de sa famille, en particulier de son père, qu'il admirait beaucoup, qu'il avait affermie par la suite dans le scoutisme, enfin qu'il avait mise totalement au service de l'Église en accord avec son épouse. Cela l'avait conduit à accepter, à la demande de Mgr Raymond Bouchex, l'archevêque d'Avignon, d'être ordonné diacre. Avec quelle fidélité il priait la Liturgie des Heures, y compris l'Office des Lectures, où il me disait y trouver de la bonne nourriture pour sa vie spirituelle, et avec quelle conscience il a exercé sa mission de diacre dans le milieu commerçant du centre-ville d'Avignon, comme cela lui avait été demandé.

Ensuite, par son amour exemplaire d’Yvonne, son épouse, qu'il avait rencontrée à la paroisse ND de Lourdes, où il résidait après son départ d'Apt pour son travail d'ouvrier-horloger à Avignon, et dont il a pris soin avec une patience indicible, en particulier durant sa longue maladie.

De même par son affection vis-à-vis de ses proches, en particulier de

Guilhem et de ses autres neveux.

Par son attachement sans faille à la famille de Gilles, dont il était le parrain, et qu'il considérait vraiment comme sa famille, n'ayant pas eu la joie d'être père. Et celle-ci le lui rendait bien en l'accueillant à table tous les jours de fête, puis en se rendant présente à son chevet quotidiennement durant les derniers jours de sa vie.

Sainteté d'autre part par son extrême sens de l'accueil et de l'écoute dans sa boutique d'horloger-bijoutier, placée au cœur d'Avignon, qui était devenue un véritable lieu d'échange, ouvert à tous, où beaucoup venaient y trouver soutien et réconfort.

Par la qualité de ses amitiés, multiples et très diversifiées, qui comptaient beaucoup pour lui. Certes il a connu quelques déceptions, mais il considérait la plupart d'entre elles comme des cadeaux infiniment précieux de la part de la divine Providence.

Également par son souci des plus pauvres, en particulier au sein du Secours

Catholique, où il fut l'aumônier quelques années, et, après son veuvage, par son attention incessante aux plus souffrants en visitant de très nombreux malades pour leur apporter la communion et en participant au pèlerinage du diocèse de Nîmes à Lourdes en tant que brancardier. De même, étant très sensible aux moindres injustices, cela l'a amené à prendre des positions sans faiblir, que certains ont eu du mal à comprendre, mais il ne transigeait jamais.

Par son extrême générosité en toute discrétion, comme tout ce qu'il faisait, dont j'ai été l'un des grands bénéficiaires parmi tant d'autres.

Comment ne pas parler aussi de son humour, qui lui faisait inventer tant de calembours à tout propos ? De même très habile manuellement à l'exemple de sa maman, combien il aimait soigner la décoration de la vitrine de sa boutique en s'efforçant de créer toujours du nouveau, en particulier le 8 décembre, le jour de la fête de l'Immaculée Conception, ce qui faisait l'émerveillement de beaucoup ! Dans son genre, c'était un véritable artiste !

Mais je suis sûr que Mme la directrice, le personnel et les résidents de la maison de Bethanie, dont il appréciait beaucoup la qualité de vie, pourraient ajouter beaucoup d'autres vertus bien souvent cachées.

On peut vraiment dire, en référence à l'évangile de la semence (Luc 8,4-15), entendu précédemment, que la Parole de Dieu a trouvé chez notre ami une très bonne terre et qu'elle a produit du fruit au centuple, comme il avait embelli son jardin de mille fleurs et de multiples plantes aromatiques.

Certes il avait une conscience aigüe de ses manques et il n'hésitait pas à les reconnaître devant ses amis les plus proches en toute simplicité.

Pour terminer, je voudrais évoquer ce qu'il a laissé, un peu comme son testament spirituel. C'est un écrit tout simple, qu'il avait intitulé « Mon ami

l'Âne. Ce titre dit bien des choses de son esprit d'humilité. Pour lui, c'était principalement l'âne, qui avait transporté la Vierge Marie de Nazareth jusqu'à Bethléem, accompagnée de Joseph, son époux. Cela lui a donné le prétexte de raconter pour ses jeunes amis la vie de Jésus à sa manière et avec son cœur. Par miracle, j'ai retrouvé l'original, dont il avait été heureux de me faire cadeau et dont je vous lis l'épilogue, qui dit tout de sa foi dans le

Christ : « Mon ami l'âne et moi – remarquez comment il fait passer l'âne avant lui – avons simplement voulu vous faire connaître l'homme Jésus. Si nous vous l'avons fait aimer, Dieu soit loué, et si nous vous avons donné envie de mieux le connaître, il y a les Évangiles et les Actes des apôtres, qui sont là pour vous éclairer.

Et il conclut ainsi : « Bon vent à tous à la suite de Jésus, car il nous dit : « Je suis avec vous jusqu'à la fin des temps ».

Jean-Marie, ami très cher, merci pour ton beau témoignage d'homme, de chrétien et de diacre.

Merci d'avoir été le serviteur fidèle de l'Évangile, que tu as proclamé tant de fois comme diacre à la célébration de la messe, à laquelle tu n'as jamais cessé de participer, quotidiennement à Bethanie, mais surtout d'avoir toujours cherché humblement à le mettre en pratique jusqu'à l'ultime fin de ta vie.

Que le Seigneur, que tu as aimé et servi de ton mieux et en qui tu as mis toute ta confiance à l'égal du juste, dont parle le livre de la Sagesse (2-3), t'accueille aujourd'hui dans sa lumière et dans sa paix avec tous ceux et celles qui t'ont précédé.