Homélie et album photo : ordination diaconale Philippe FILLINGER
Nous sommes dans le Temps pascal.
Nous voyons le déploiement des toutes premières communautés chrétiennes, ces hommes et ces femmes, juifs ou païens, s’ouvrant à l’annonce de la mort et de la résurrection de Jésus.
Très vite des questions de vie, d’organisation, d’essentiel se posent.
Des points d’attention aussi. Il s’agit de ne pas délaisser la Parole de Dieu, de lui permettre d’être accueillie, annoncée, de déployer sa fécondité.
Sont alors recherchés des hommes ayant l’estime de tous, animés de l’Esprit, emplis de sagesse, pour servir celles et ceux qui peuvent être désavantagés.
Dans le livre des Actes des apôtres, nous avons là une première figure de ministres venant en soutien aux apôtres.
Bien des siècles plus tard, il y a un peu plus de 60 ans, le concile Vatican II dans sa constitution « Lumen gentium » sur l’Église décidait le rétablissement du ministère de diacre permanent pour « servir le peuple de Dieu, dans la “diaconie” de la liturgie, de la Parole et de la charité, en communion avec l’évêque et son presbyterium. »
Un ministère. Reçu par ordination. Lié au ministère de l’évêque. Pour signifier la présence du Christ, son initiative pour convoquer l’Église et servir les hommes.
Le diaconat permanent est dans notre diocèse d’Avignon une figure de ministère désormais bien inscrite, de façon modeste, mais réelle et significative.
Avec l’évêque que je suis, avec les prêtres et tous les membres du Peuple de Dieu, l’ensemble des diacres est heureux de vous accueillir, Philippe, comme l’un d’entre eux.
Pour approfondir la signification du ministère diaconal, la Parole accueillie nous invite à la contemplation de Jésus au moment où Il accomplit sa Pâque. Il va passer de ce monde à son Père.
Lui qui est sorti de Dieu, et qui retourne vers Dieu, se lève de table, dépose son vêtement et se met à laver les pieds des disciples.
Lui, le maître, se fait serviteur ; c’est ultimement sa manière d’aimer. Ainsi, nul ne peut prétendre témoigner avec justesse du Christ s’il ne prend pas le tablier du service.
Dans la vie de l’Église, le ministère de l’évêque nous signifie l’initiative du Christ qui nous rassemble, nous instruit par la Parole, nous nourrit de Sa vie. Avec les prêtres, il en déploie bien des dimensions, dans le rassemblement de la communauté, la célébration des sacrements, le service de la communion. Mais à côté de l’exercice du ministère sacerdotal, le concile nous a invités à redécouvrir ce ministère ordonné « pour le service » : le ministère du diacre.
Ordonnés par l’évêque pour collaborer à la constitution du corps ecclésial, les diacres seront envoyés de manière privilégiée vers les membres les plus éloignés de la communauté ecclésiale visible, pour compléter le corps ecclésial et veiller à ce qu’il ne manque aucun membre à ce corps.
Le ministère du diacre peut se déployer dans la vie ecclésiale, dans la célébration liturgique, au côté de l’évêque ; il se déploie aussi au sein de la vie de la communauté et dans la vie familiale, professionnelle, associative, dans la vie du monde.
S’il n’a pas d’abord la charge d’animer la communauté, il a pour mission de se faire proche de toutes celles et ceux qui peuvent être empêchés de rejoindre la communauté croyante, particulièrement lorsqu’elle se rassemble pour célébrer son Seigneur. Il leur signifie ainsi non seulement l’attention de l’Église, mais bien plus, que sans eux, l’Église n’est pas complète.
Cette mission a donc quelque chose d’essentiel : rappeler aux croyants que nous sommes, aux communautés que nous constituons, qu’elles ne sont jamais totalement réalisées à cause de tous ceux qui, pour des raisons variées, ne la rejoignent pas. Elle nous aide à intégrer cette dimension du manque et à garder cette conscience d’une incomplétude tant qu’il manque des membres au corps du Christ.
L’interpellation au diaconat vous a rejoint, Philippe, il y a déjà longtemps, mais il a fallu plusieurs étapes pour que vous trouviez, avec Béatrice, votre épouse, la disponibilité pour répondre à cet appel de manière confiante et avanciez vers la réception de ce ministère. Merci à vous, merci à Béatrice, car vous n’avancez pas tout seul. Merci à ceux et celles qui vous ont accompagné sur ce chemin, particulièrement Bernard et Dominique Taïani, délégués au diaconat permanent.
En recevant l’ordination, vous recevez ce don et cette mission d’être dans l’Église et auprès de vos frères, signe de Celui qui se fait serviteur, revêtant le tablier pour nous laver les pieds.
Vous le vivez déjà de bien des manières, et la lettre de mission que je vous confie et qui sera lue au terme de la célébration ne va pas vous inviter à modifier significativement vos lieux d’engagement et de service.
Mais elle est un appel à habiter autrement ce service. Non pas de votre propre initiative, mais comme envoyé par un autre, invité à témoigner de la proximité du Christ à la vie des personnes, à leurs fragilités.
Cet envoi vous invitera également, avec tous vos frères diacres, à rappeler à nos communautés qu’elles ne peuvent se satisfaire ou se contenter de ceux qui sont présents mais qu’elles ont à garder ouvert l’espace de leur tente pour que notre Église soit toujours plus en vérité l’Église du Christ où tous sont conviés et ont leur place.
Que le Seigneur accompagne votre route, qu’Il vous bénisse et vous comble par le don qu’Il vous fait et la mission qu’Il vous confie.
Monseigneur François FONLUPT
évêque d'Avignon