Homélie de Monseigneur Fonlupt lors de la messe chrismale à la Cathédrale Saint Siffrein
Lundi Saint 30 Mars, Monseigneur Fonlupt a prononcé l'homélie ci-dessous à la Cathédrale Saint Siffrein de Carpentras, remplie de diocésains venus assister à la cérémonie de consécration des huiles saintes.
Chers frères et sœurs, frères prêtres, diacres, religieux et religieuses, consacrés, laïcs fidèles du Christ, catéchumènes,
Nous voilà rassemblés au seuil de cette semaine sainte, la grande semaine à travers laquelle le Seigneur nous manifeste jusqu’où va son amour à travers la vie donnée de son fils Jésus le Christ.Cette semaine, nous allons la vivre les uns et les autres au sein de nos communautés, en célébrant la cène du Seigneur, son dernier repas, sa passion et sa mort, en vivant le silence du samedi saint avant d’accueillir la lumière pascale et de nous laisser rejoindre par l’annonce joyeuse de la résurrection et l’Alléluia pascal.
Mais avant de célébrer ces jours qui nous invitent à nous laisser entrainer dans le mouvement, la dynamique pascale, l’Eglise nous invite à nous rassembler, autant qu’il est possible en Eglise diocésaine, avec la diversité de de ses membres, pour bénir les huiles : le St Chrême, l’huile des catéchumènes, l’huile des malades. Huiles qui sont déjà le fruit de la victoire du Seigneur sur le mal, la violence et toutes les puissances de mort.
Ce jour est aussi précieux pour les prêtres rassemblés en presbytérium autour de leur évêque. Car lié au jeudi saint et à l’institution de l’eucharistie, nous sommes invités, moi avec eux, à renouveler les promesses de notre ordination. C’est aussi l’occasion pour les diacres de confirmer leur propre engagement.
Evêque, prêtres et diacres, nous ne sommes pas devant vous en raison de nos qualités ou de nos capacités, mais bien en raison du don reçu à notre ordination pour servir nos frères, dans la conduite des communautés et l’attention aux plus fragiles.
Que cette liturgie nous invite sans cesse à rendre grâce pour les dons du Seigneur, pour les ministres qui nous sont envoyés et qui nous signifient la proximité du Christ à nos vies et sa largesse pour notre Eglise. Qu’elle nous invite aussi à porter auprès du Seigneur dans la prière le besoin que nous avons qu’il ne cesse d’appeler des serviteurs pour ce service.
Il se trouve que nous entrons dans la semaine pascale à la suite des jours qui nous ont rassemblés à Lourdes, nous les évêques, pour notre assemblée de printemps. En cette année qui marque le 30° anniversaire de leur mort, ou plutôt de leur vie donnée, le Cardinal Jean-Marc Aveline a souhaité que nous laissions éclairer notre travail et nos échanges par le témoignage des 19 bienheureux martyrs d’Algérie tous religieux, et parmi eux les sept moines de Tibhirine.
Rappelons-nous, l’année dernière, nous avons goûté en diocèse qu’il est bon de faire mémoire des témoins de la foi, cela l’avons fait dans la mémoire des 32 bienheureuses martyres d’Orange dont nous fêtions le centenaire de leur béatification.
Leur vie donnée et celle des martyrs d’Algérie, a quelque chose d’analogue.
Ceux-ci comme celles-là ont choisi de rester en fidélité à leur engagement, à leurs frères, au sein d’une Eglise prise dans la tourmente. Et leur mort violente devient pour nous un signe lumineux de fidélité, de fécondité, d’Espérance. Dans le Christ ils nous disent que toute vie n’a de sens que quand elle est reçue, quand elle est livrée, quand elle est donnée. Le Seigneur sait alors accueillir et déployer la fécondité du sacrifice de ses enfants.
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Le Saint Chrême que je vais demander au Seigneur de bénir est cette huile parfumée que nous utilisons pour les baptêmes – celui des catéchumènes – pour les confirmations, pour l’ordination des prêtres et des évêques.
Elle nous dit la dignité de celui ou de celle qui en reçoit l’onction, qui en est imprégné.
N, tu es maintenant baptisé : le Dieu tout puissant, Père de Jésus le Christ, notre Seigneur, t’a fait renaître de l’eau et de l’Esprit-Saint. Désormais tu fais partie de son peuple, tu es membre du corps du Christ, et tu participes à sa dignité de prête, de prophète et de de roi. Dieu te marque de l’huile du salut afin que tu demeures dans le Christ pour la vie éternelle.
Tout baptisé est consacré par Dieu, il devient membre de Jésus-Christ, et participe à sa triple mission de prêtre, de prophète et de roi. Il est appelé à la vie.
Le Christ qui a fait de sa vie une vie donnée laisse se déployer ce don en abondance pour que le baptisé, le confirmé, comme celui qui est ordonné le reçoive pour sa vie et le service de ses frères.
Jésus s’est laissé conduire par l’Esprit, en se recevant du Père et en se tournant vers ses frères. Il nous associe à ce même élan et nous appelle à notre tour à nous laisser combler de ce don et à le partager.
Le témoignage des martyrs d’Algérie nous rejoint aujourd’hui dans sa fécondité. Alors que l’Eglise d’Algérie était marquée par la dispersion à la suite de la décolonisation, ils sont de celles et de ceux qui ont choisi de rester auprès des personnes au milieu de qui ils vivaient et qu’ils servaient, et au milieu de qui, pour les moines, ils se tournaient vers Dieu, ‘priants au milieu d’autre priants’. Ils n’ont pas cherché la mort, ils ne l’ont pas souhaitée, mais, comme leur maître, ils l’ont regardée et en ont accepté la possibilité. Ils se sont aidés ensemble à en accueillir la perspective, vivant ainsi un témoignage communautaire qui nous dévoile ce mouvement dans lequel peu à peu ils se sont laissé entraîner. Voilà jusqu’où l’Esprit, reçu au jour de leur baptême, et qui les a consacrés, voilà où l’Esprit de Jésus les a conduits.
C’est le même Esprit qui nous rejoint, nous comble et nous appelle.
C’est ce même esprit que nous avons reçu et qui anime la vie des communautés, comme notre vie personnelle.
C’est ce même Esprit que vous les catéchumènes allez recevoir.
Dans cette célébration nous en réaccueillons le don et nous pouvons en mesurer l’appel qu’il adresse à nos vies.
Porter la Bonne Nouvelle aux pauvres…
Annoncer aux captifs leur libération,
Et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue,
Remette en liberté les opprimés…
C’est sur ce chemin que l’Esprit nous entraîne. Quelle qu’en soit aujourd’hui la forme.
Il dépend de nous de laisser l’Esprit nous permettre d’emprunter aujourd’hui des chemins de fraternité.
Les 19 martyrs, nous dit frère Thomas Georgeon, qui a été le postulateur de leur cause, avaient en commun un même amour de l’Eucharistie. Il est très significatif que cinq d’entre eux aient été tués en allant à la messe ou en en revenant. Ce n’est pas un Christ théorique qu’ils vivaient. C’est le Christ qui se donne dans son corps eucharistique.
Nous-mêmes sommes rassemblés par l’eucharistie, pour la recevoir comme un don et en vivre comme un partage.
A travers cela, c’est la même Bonne Nouvelle qui est à vivre et à partager.
Dans la nouveauté du chemin que nous parcourons, au sein de secteurs renouvelés, invités à déployer une vie toute entière eucharistique, laissons-nous rejoindre par le Seigneur qui en sa passion remet l’Esprit. Il saura nous donner de l’accueillir en nos vies pour le service de nos frères et nous tourner vers le Père.