« Heureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui la gardent..»
Dimanche de la Parole de Dieu et les célébrations de la Parole
dans les petits clochers
Il y a quelques années, le pape François a institué le Dimanche de la Parole de Dieu, fixé au troisième dimanche du Temps ordinaire. Dans sa lettre Aperuit illis (2019), il invitait toute l’Église à faire de ce jour une fête de la Parole vivante : celle qui nourrit la foi, éclaire le chemin des communautés et tisse la communion entre disciples du Christ.
Ce dimanche se vit chaque année au cœur de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens ; un rapprochement voulu et porteur de sens. Car la Parole de Dieu est précisément ce qui unit : avant même les différences de traditions, elle fait de tous les baptisés des auditeurs du même Dieu, rassemblés autour du même Évangile.
Cette coïncidence liturgique invite à une prise de conscience : l’unité de l’Église ne se construit pas d’abord autour de structures ou d’organisations, mais autour de l’écoute d’une Parole qui rassemble. « La Parole de Dieu ne façonne pas des communautés fermées, mais des hommes et des femmes prêts à se laisser envoyer », écrit encore le pape François. Et c’est bien cette expérience que nous essayons de vivre dans notre secteur paroissial de Notre-Dame du Ventoux, à travers la Parole écoutée et célébrée dans la messe dominicale, sa méditation par le partage de l’Évangile du jeudi soir ou encore par la récente mise en place des célébrations de la Parole dans les petits clochers.
Les célébrations de la Parole : une réponse à une situation nouvelle
Depuis un an et demi, notre secteur paroissial a dû adapter son fonctionnement. La diminution du nombre de prêtres et l’ampleur géographique de notre ensemble pastoral nous ont conduits à repenser la manière de vivre le rassemblement dominical. Ces changements pouvaient apparaître comme une épreuve : moins de messes célébrées dans les villages, le sentiment de distance avec le cœur de la paroisse, la peur que la vie chrétienne locale s’éteigne. Pourtant, comme bien souvent dans la foi, une absence a ouvert un chemin : celui d’une présence renouvelée de la Parole.
C’est ainsi que depuis l’année dernière, une petite équipe de la communauté de Villes-sur-Auzon a osé réactualiser une expérience que la paroisse avait déjà vécue lors du ministère d’un prêtre handicapé, dans les années 90: organiser, les dimanches sans messe, une célébration de la Parole ouverte à tous. Aux côtés des animateurs et musiciens, des paroissiens ont pris des responsabilités : lectures, prières universelles, organisation du lieu, accueil des participants. Puis d’autres communautés voisines – Sainte-Colombe d’abord, puis Mormoiron et Flassan – se sont jointes au mouvement.
En quelques mois, une dynamique fraternelle s’est mise en place : chaque village s’est approprié la Parole et a trouvé sa manière de la faire résonner dans sa propre église, ou parfois dans d’autres lieux mis à disposition, comme la salle municipale à Villes.
Une liturgie qui fait vivre et grandir
Ces célébrations de la Parole ne sont pas des « sous-messes ». Elles en reprennent la structure – accueil, liturgie de la Parole, partage, prière universelle, Notre Père, annonces paroissiales et temps d’envoi.– mais elles ont leur tonalité propre. L’espace derrière l’autel reste volontairement vide, signe que l’Eucharistie marque un horizon vers lequel nous tendons, mais sans priver la communauté de ce que la Parole offre déjà : un vrai repas spirituel.
Chaque célébration est préparée à partir des ressources liturgiques proposées par Prions en Église et le livre Célébrons le dimanche (Éd. du Signe). Les textes bibliques du jour sont médités ensemble. Les chants choisis soutiennent la prière et la joie de se retrouver.
Le temps du partage qui suit la proclamation de l’Évangile transforme ces assemblées en un lieu d’écoute et de dialogue spirituel. Là, chacun peut dire comment la Parole retentit dans sa vie, ce qu’elle éclaire, ce qu’elle appelle à changer.
Les célébrations se terminent toujours dans la convivialité. Un verre ou un café prolonge la fraternité vécue dans la prière. Et de fil en aiguille, ce sont entre vingt et trente personnes qui se retrouvent, parfois plus lors des temps forts. Une douzaine de participants s’engagent régulièrement dans le service de la liturgie. Peu à peu, une communauté se resserre, s’ancre, rayonne.
La Parole, source d’unité et de mission
Vivre de la Parole, c’est redécouvrir que l’Église ne vit pas seulement de la présence du prêtre, mais d’abord de la présence du Seigneur dans sa Parole. Cela ne remplace pas l’Eucharistie, mais cela la prépare. Ces rassemblements aident les fidèles à demeurer disciples missionnaires, selon l’expression chère au pape François. Ils rappellent que chaque baptisé participe à la vie liturgique, et qu’il est porteur d’un don pour la communauté.
Cette expérience a fait naître des fruits concrets : les uns découvrent les charismes des autres, apprennent à se soutenir, prient les uns pour les autres, une plus grande visibilité dans les villages, des habitants qui ne participaient plus ou pas encore se sentent parfois attirés. Une ouverture aux périphéries s’est opérée ; la Parole attire, rassemble, réconcilie. L’élan missionnaire se manifeste aussi par des initiatives nouvelles : veillée autour la crèche de Noël, farandole des crèches, temps de prière œcuménique… autant de signes que la Parole engendre la communion et la créativité.
Cette expérience, rejoint ce que beaucoup d’autres paroisses expérimentent en France et ailleurs depuis plusieurs années. D’ailleurs un site internet (liturgies-de-la-parole.fr) a été créé pour accompagner cette démarche, partager des contenus sur la Parole de Dieu, susciter des échanges avec les paroisses de France. Il s’agit d’un vrai mouvement d’Église, qui ne se contente pas de pallier un manque, mais invente une nouvelle manière d’être disciples aujourd’hui. Dans le contexte de la Semaine de prière pour l’unité des chrétiens, il est beau de constater que ces célébrations de la Parole, loin d’enfermer sur soi, rapprochent de l’autre. Dans la même écoute des Écritures, catholiques, protestants, orthodoxes partagent la même source : Dieu qui parle à son Peuple.
Le Dimanche de la Parole de Dieu
Le Dimanche de la Parole de Dieu nous rappelle que cette Parole n’est pas un texte figé du passé, mais une voix actuelle, un souffle qui traverse nos communautés. Elle nous rejoint dans la diversité de nos villages, de nos âges, de nos histoires. Elle crée la communauté autant qu’elle la nourrit. En ces temps où les prêtres ne peuvent être partout, la Parole assure la continuité du lien ecclésial : elle maintient vivante la flamme de la foi, elle garde le cœur des communautés battant au rythme de l’Évangile.
Puissions-nous vivre ce Dimanche de la Parole de Dieu comme une fête, ouvrant les yeux et les oreilles à la beauté d’une Église qui se rassemble, qui écoute, qui partage, qui prie et qui continue à marcher sous le souffle de l’Esprit. Car là où deux ou trois se réunissent pour écouter la Parole, le Christ est bien au milieu d’eux.