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« Rien n’est impossible à Dieu : les épiclèses » par le P. Paco ESPLUGUES, curé

L’année qui s’ouvre se présente comme un temps de grâce, entièrement dédié à l’approfondissement de la dimension eucharistique de la vie chrétienne et de la mission. La lettre pastorale que Mgr Fonlupt vient de nous adresser s’inscrit résolument dans cette perspective : elle place l’Eucharistie au cœur de notre chemin ecclésial et invite les chrétiens du diocèse d’Avignon à s’engager, dans les années à venir, sur les voies du renouveau et de la maturation de la foi. À travers les différentes parties de la liturgie eucharistique, elle éclaire leur portée spirituelle et leur signification pour notre marche commune.

Cette lettre prolonge et consolide l’élan initié il y a trois ans par la première exhortation pastorale de notre évêque. Elle offre ainsi aux communautés chrétiennes un point d’appui solide pour orienter leur action, après les restructurations pastorales de l’an passé. Notre communauté paroissiale, tout comme le secteur en cours de constitution, trouvera dans ce texte une boussole précieuse pour avancer ensemble, dans une fidélité renouvelée.

Je souhaiterais, dans ces lignes, mettre en lumière ce qui me semble être le cœur battant de cette lettre, et sans doute sa richesse la plus féconde : la réflexion développée dans sa troisième partie, consacrée à la prière eucharistique. Il y est question du sens trinitaire de la prière sacerdotale du Christ et des deux épiclèses qui l’accompagnent. Ce terme, « épiclèse », apparaît comme la clé des transformations que l’Eucharistie accomplit — et veut encore accomplir — au sein de nos communautés. Peu familier dans notre langage pastoral courant, il est pourtant central dans la tradition orientale dont il est issu : du grec epiklêsis, il signifie « invocation » et ouvre l’intelligence du mystère eucharistique.

Lépiclèse, invocation du Saint-Esprit, n’est pas seulement un geste rituel accompli par le prêtre ; elle est d’abord l’acte du Christ lui-même, au moment où, dans une liberté souveraine, il livre sa vie et s’abandonne à l’œuvre conjointe du Père et de l’Esprit. C’est précisément au cœur de l’impuissance humaine que Dieu opère, par l’Esprit, la transformation du pain et du vin en Corps et Sang du Christ. «Nous te demandons de sanctifier ces dons par l’effusion de ton Esprit, afin qu’ils deviennent pour nous le Corps et le Sang de Jésus-Christ, notre Seigneur». Invoquer à partir de l’impossible, consentir à notre limite, voilà ce qui rend possible l’action transformatrice de Dieu. La grandeur de l’épiclèse se situe là : elle fonde et rend possible tout ce que nous aurons à vivre, à partager et à annoncer, eucharistiquement, au cours de cette année.

Une seconde épiclèse prolonge la première : « Nous te demandons humblement que le Saint-Esprit rassemble dans l’unité tous ceux qui participent au Corps et au Sang du Christ » ; « qu’il nous transforme en offrande permanente afin que nous ayons part à l’héritage de tes élus ». Elle obéit au même mouvement intérieur. Lorsque nous cherchons à nous donner entièrement à Dieu, ou lorsque nous assumons la mission qui nous confie la responsabilité de nos frères, nous faisons l’expérience de l’impossible. Mais c’est précisément, en invoquant dans cet impossible, que nous nous ouvrons à la transformation de nos vies et à l’avènement de la communion. Centrer la configuration de notre secteur sur l’Eucharistie, c’est apprendre à demeurer dans un véritable « état d’épiclèse » : non pas dans le constat découragé des difficultés du christianisme aujourd’hui, mais dans l’audace de communautés habituées à reconnaître, au cœur même des failles de l’existence, le lieu où nos limites sont transsubstantiées en don : École des Béatitudes.

Jean Corbon évoquait enfin l’existence d’une troisième épiclèse, dont subsistent des traces dans nos célébrations : l’épiclèse de la mission. Il s’agit d’invoquer l’Esprit face à l’impossibilité, souvent éprouvée, de transformer la vie des autres et celle de la société. C’est là que toutes les dimensions de la lettre pastorale prennent leur pleine portée. L’annonce de l’Évangile dans notre secteur reçoit alors sa véritable signification. Cette troisième épiclèse, liée à la mission, se trouve au cœur même de l’envoi final.

Configurer notre secteur comme une communion missionnaire, portée par les trois épiclèses eucharistiques, nous préservera de l’immobilisme et nous aidera à discerner, dans l’Esprit, comment transmettre au monde la victoire du Christ incarné.

Pour reprendre une parole de Sénèque : « Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas les entreprendre ; c’est parce que nous n’osons pas les entreprendre qu’elles deviennent impossibles. » Que cet élan de victoire au cœur même de l’impossible devienne l’attitude familière et fondatrice de cette année dans notre secteur.