Portrait d’une directrice d’école : Christel Waginaire

27 décembre 2016

Christel Waginaire est directrice de l’école catholique Saint-Laurent à l’Isle-sur-Sorgue.
Petite école familiale de centre-ville, elle accueille 139 élèves, répartis dans en 5 classes à double niveau.
(Extrait du Bloc Notes, janvier 2017)

Depuis combien de temps êtes-vous dans l’enseignement catholique ?

Depuis 12 ans ; d’ailleurs ma première nomination a été la direction de cette école. En fait, nous avons vécu plusieurs années à l’étranger avec ma famille, et j’enseignais alors dans l’enseignement secondaire. Et lorsque nous sommes rentrés, j’ai décidé de passer le concours de professeur des écoles dans l’enseignement catholique.
Donc ici, c’est mon premier poste de direction et d’enseignante en primaire.


Pourquoi avoir choisi l’enseignement catholique ?

Parce qu’à partir de la 6ème, j’ai fait toutes mes études dans l’enseignement catholique, parce que j’ai eu, par mes parents, une éducation catholique (j’allais à la messe tous les dimanches avec mes parents), parce que mon mari avait un poste dans l’enseignement catholique ...il était donc naturel de passer le concours dans l’enseignement catholique !
Ensuite, il y a eu cette mission, car on est vraiment appelé à être chef d’établissement. Ce n’était pas du tout une volonté de ma part. On est venu me chercher : suite à notre désir de déménager de Lozère (après l’expatriation), on m’a proposé une direction dans le Vaucluse. Je ne vous cache pas qu’au début, cela m’a interrogée. En fait, c’est ma formatrice qui m’avait vu travailler en tant que stagiaire, qui a proposé ma candidature. J’ai donc ensuite été reçue à Avignon par le directeur diocésain et cela s’est fait très rapidement.
Au départ, je n’avais pas spécialement envie de me mettre en avant, je voulais simplement enseigner. Finalement, je suis très bien tombée dans cette école, avec une équipe qui m’a bien accueillie, et j’ai persévéré dans ma mission de chef d’établissement. J’ai aussi cheminé du côté pastoral, puisque notre mission c’est accueillir tout le monde, faire découvrir Dieu aux autres, et essayer d’être témoin et faire le bien autour de soi.


Avez-vous un projet pastoral d’établissement ?

Oui, et on est actuellement en train de le réécrire, pour l’institutionnaliser et le présenter aux familles car, au départ, nous étions plutôt dans l’action : nous avons mis en place, tous les lundis, un temps de prière tous ensemble ; chaque semaine, une classe différente prépare la prière, y compris les tout- petits qui apprennent une prière et la disent à tous les autres. On commence toujours par un chant et on termine par un Notre Père et un Je vous salue Marie ; je dis enfin un petit mot pour souhaiter une bonne semaine à tout le monde. Ce temps de prière nous permet aussi de prier pour les enfants qui ont perdu un proche.

Nous avons aussi des temps de prière qui se font dans les classes. Nous avons également l’intervention de notre prêtre référent qui est le curé de l’Isle ; nous avons établi un calendrier pour qu’il puisse venir à chaque période de l’année scolaire : cela fait à peu près 5 fois dans l’année. Il vient également régulièrement partager notre repas, pour que l’on prépare les célébrations ensemble.

Il y a aussi des célébrations et une messe dans l’année qui se fait soit à Lagnes, soit à Saint-Gens ; c’est l’occasion d’inviter tous les parents à cette messe suivie d’une petite marche, et d’un pique-nique. C’est une journée où l’on essaie d’allier la Messe à un moment convivial passé tous ensemble.

Nous suivons un parcours catéchétique de Notre-Dame de Vie « Viens, suis-moi », parcours écrit par Véronique Telléne pour les petites classes et par le Père Benoît Caulle et Anne-Marie Le Bourhis pour les plus grandes. Nous sommes quelques enseignantes à avoir suivi une formation à ce parcours ; les autres n’ont pas, pour l’instant, réussi à aller en formation, mais elles sont en cheminement !


Comment ces propositions de foi sont-elles accueillies par les enfants mais aussi les parents, et toutes les personnes qui travaillent dans l’école ?

Les temps de prière sont très bien accueillis ; ce sont, d’ailleurs maintenant, les enseignantes qui m’exhortent en début d’année à établir le programme, car tout le monde en a besoin dans l’école. Quant à la journée tous ensemble à Lagnes ou Saint-Gens, elle est bien accueillie aussi, mais, à mon goût, on n’a pas suffisamment de familles qui y participent. C’est un regret mais c’est ainsi : on sème sans savoir, mais il y aura forcément des choses qui porteront du fruit plus tard.
Ce n’est plus comme avant où on n’inscrivait dans l’école que des enfants baptisés...d’autant, je le rappelle, que notre mission, c’est aussi de faire découvrir aux autres familles, qui est Dieu.
Nous avons eu, il y a quelques années, 2 enfants qui ont été baptisés. Mais cela n’est pas fréquent hélas. La semaine dernière, une maman m’a demandé que ses deux filles (CE2 et CM1), aillent au catéchisme. Elle m’a ensuite annoncé que ses filles demandaient le baptême cette année. C’est une joie immense, lorsque cela se passe ainsi !
On regrette aussi que peu d’enfants aillent au catéchisme, même si cette année, nous en avons bien plus que l’an dernier. A l’école, nous proposons de l’éveil à la foi (dans l’enseignement catholique, une heure hebdomadaire doit y être consacrée). Le catéchisme et les sacrements sont confiés à la paroisse.

Est-ce que vous avez des directives précises du diocèse ?

Oui, j’ai une lettre de mission de Monseigneur Cattenoz car notre école est sous tutelle diocésaine.
Le chef d’établissement a une mission très importante : une mission d’enseignement, une mission administrative et aussi une mission pastorale.


Et ces missions doivent être harmonisées pour en faire, dans l’essentiel, une mission évangélique ?

Oui, c’est cela ; le Christ doit être au centre de notre enseignement, de notre manière d’enseigner, de notre façon d’être aussi. Ce n’est pas tous les jours facile d’autant qu’on est individuellement à des niveaux différents quant à notre foi. De plus, je peux le dire par expérience, on ne peut pas imposer la foi, on ne peut pas la transmettre non plus, on ne peut qu’être témoins, dire et montrer que nous, nous croyons que Dieu existe et nous aime. A cet égard, le parcours de Notre-Dame de Vie est très bien fait : il s’adapte à tous les âges et laisse le choix aux enfants. Il me semble que plus on cherche à imposer, plus la personne en face prend du recul et se méfie. Il n’en demeure pas moins que nous avons une responsabilité très importante car c’est à nous d’inciter tout en n’étant pas trop directifs. Pour ma part, je pense que ce qui est important, c’est le climat.

Nous en avons peu mais nous avons aussi des familles de confession musulmane ; nous leur disons bien, qu’en entrant dans cette école, elles entrent dans une école catholique ; donc leurs enfants comme les autres vont entendre parler de Dieu selon l’éveil à la foi catholique auquel ils seront amenés à prendre part. On ne leur impose pas le signe de croix par respect de leur religion, mais on est dans l’enseignement catholique, donc on enseigne le message évangélique ; et si cela ne leur convient pas, je leur conseille d’inscrire leurs enfants dans une autre école.

Avez-vous des directives diocésaines plus spécifiquement pastorales ?

Non, plutôt des propositions ; depuis l’année, dernière, il y a par exemple, un concours mis en place dans le diocèse et proposé dans toutes les écoles primaires, collèges et lycées. L’année dernière, ce concours, auquel une de nos classes a participé, avait pour thème la miséricorde. L’expérience a été extrêmement positive. De plus, cela permet d’avoir un projet commun. Et étant donné que cela a été très bien accueilli l’année dernière, cette année l’expérience est renouvelée sur le thème de la sainteté. Deux événements ont introduit ce projet : tout d’abord la béatification du Père Marie-Eugène, le 19 novembre, puis une Intervention de Thérèse Nadeau-Lacour le 29 novembre dernier.

D’autre part, cela fait plusieurs années que les chefs d’établissement partent en séminaires organisés par le diocèse ; et maintenant, on se sent vraiment tous unis, faisant partie d’un groupe. L’année dernière par exemple, nous sommes partis cinq jours à Rome et c’était magnifique ! Le thème était la foi. On a vécu des choses fortes ensemble dont l’audience papale. Ce genre de séminaire permet aussi de reprendre du souffle pour sa mission. En général, dans ces séminaires, on allie le côté pastoral avec le côté formation pédagogique. Cette année, nous étions à Théoule-sur-mer et nous sommes alors allés sur l’île de Lérins pour la partie plus pastorale et spirituelle.
Tout cela est proposé par notre directeur diocésain Thierry Aillet, aidé de son adjoint, Hervé Laurent, et progressivement cela unit tous les chefs d’établissement de l’enseignement catholique, dans le 1er degré mais aussi dans le 2nd degré.

Vous avez parlé de climat tout à l’heure et là encore, en parlant de ces séminaires qui font unité, communauté, je me dis que votre mission vous appelle à vivre une véritable expérience évangélique au sein d’une communauté qui est l’école. Merveilleux, mais aussi exigeant car il y a une véritable mise en acte à faire dans la vie de l’école. Comment faites-vous pour mettre en valeur ce climat évangélique ?

Déjà on y met sa personne, l’amour des autres, et moi, je m’aide beaucoup de la prière, surtout quand quelquefois je me sens démunie ou ne sais pas trop comment faire. Et je sens que l’Esprit Saint est là. Ensuite, concrètement dans les faits, on essaie de montrer le bien aux enfants ; on leur parle au quotidien de la règle d’or, règle de référence dans l’école : on ne fait jamais aux autres ce qu’on n’aimerait pas qu’on nous fasse à nous-mêmes.
On essaie aussi d’être soi-même : si on est bien, on le transmet aux autres !
Au niveau des adultes, on s’entend très bien, on communique beaucoup et on fait vraiment corps. L’équipe de professeurs est stable et nous travaillons main dans la main, dans une bonne ambiance dans un souci de service et d’entraide.
Tous les vendredis, nous prenons le café ensemble à l’extérieur. Plusieurs fois, les stagiaires nombreux que nous recevons, ont dit qu’on se sentait vraiment bien dans cette école !
De manière générale, nous sommes une petite école et il est plus facile d’avoir un bon climat et de bonnes relations les uns avec les autres ! Cela ne s’est pas fait d’un coup mais progressivement.


Sans doute parce que vous avez permis d’installer un climat de confiance dans la connaissance de chacun ?

Peut-être… En tout cas, cela fait plaisir car aucune enseignante ne souhaite changer d’école !


C’est le gage d’une bonne école cette stabilité d’équipe ?

Oui, en général. En effet, les enseignants qui ne sont pas bien dans une équipe peuvent participer au mouvement pour pouvoir muter ailleurs.

Finalement, ce premier poste est une réussite !

Au bout de ces 12 années, je dirais oui, d’autant que, comme je vous disais, ce n’était pas du tout une vocation ; et peut-être d’ailleurs que c’est souvent mieux quand on est appelé, car cela veut dire qu’on n’est pas là pour le pouvoir. D’un autre côté, je suis très bien tombée et cela m’a permis de m’épanouir. Oui, je suis ravie ; souvent j’en récolte les fruits alors qu’il n’y a pas que moi, c’est toute une équipe.

Est-ce que cette expérience d’enseignante et de direction a fait grandir votre vie spirituelle ?

J’ai cheminé énormément depuis que je suis à l’école. Bien sûr, outre mon éducation catholique, je me suis mariée à l’Église, j’ai eu ensuite 4 enfants que nous avons faits baptiser, qui ont été catéchisés, mais je reconnais que lorsque nous étions à l’étranger, je n’allais plus si souvent à la Messe, même si notre fille aînée a fait sa première communion à Vanuatu. C’est quand on est revenu et que j’ai décidé de rentrer dans l’enseignement catholique que, là, je me suis vraiment posé des questions et que je suis retournée à la Messe...j’en avais besoin ! Et c’est là que j’ai découvert l’Esprit Saint. Et cela a été une grande avancée dans ma foi !

Vous avez beaucoup employé le mot de « mission ». Croyez-vous que l’Esprit Saint soit à l’origine de votre appel à cette mission ?

C’est vrai que la mission de direction, que je n’ai pas choisie, est beaucoup plus importante que celle d’enseignante dans une classe. Depuis, je relis tout cela sous l’éclairage de l’Esprit Saint qui m’a appelée à cette mission. Avec le recul, je m’aperçois que cela ne peut être que ça.
Aujourd’hui, je ressens de plus en plus cette présence de l’Esprit Saint. Et maintenant, dans ma vie de tous les jours, je remercie. On ne nous apprend pas à prier, mais pour moi, ce qui me vient toujours en premier c’est Merci ! Ma vie professionnelle m’a aidée dans ma vie de foi, et cette vie de foi m’aide au jour le jour dans mes relations professionnelles, relationnelles avec les parents. Et en plus je suis d’un naturel optimiste : ça aussi j’essaie de le transmettre autour de moi.
Oui, il y a beaucoup plus de joies et je dis Merci !