Portrait : Pierre-Louis, séminariste

4 avril 2018

Pierre-Louis Facq est actuellement séminariste au studium de Notre-Dame de Vie à Saint Didier. Il est aussi présent dans la paroisse de Carpentras.

Entretien tiré de l’émission « Pourquoi le taire » sur RCF, par Martine Racine

Pierre-Louis Facq, vous êtes avignonnais, êtes-vous issu d’une famille nombreuse ?

Oui, j’ai deux sœurs Bénédicte et Maguelone qui sont encore étudiantes, ainsi qu’un frère Baudouin qui est au lycée.

Dès votre naissance, êtes-vous tombé dans la marmite de la foi ?

Oui, car j’ai eu la chance de grandir dans une famille chrétienne. J’ai été baptisé à l’âge de deux semaines à peu près, et depuis j’ai suivi mon chemin : j’ai été enfant de chœur, je suis rentré aux scouts…

Enfant de chœur, expliquez-vous !

J’ai commencé à l’âge de 6 ans au Sacré Cœur, qui était une paroisse bien dynamique dans laquelle j’ai grandi. Être enfant de chœur implique d’être présent tous les dimanches, apprendre à servir la Messe pour pouvoir s’approcher de l’autel ; on participe avec le prêtre à la liturgie. Et cela m’a donné envie, pourquoi pas, de monter à l’autel un jour à la place du prêtre.

Vous pensiez donc déjà à l’avenir !

Dès l’âge de 7 ou 8 ans -je ne sais pas quand exactement cela a commencé à trottiner dans ma tête- je me disais « pourquoi pas prêtre, moi aussi ! ». Évidemment j’étais petit et j’idéalisais l’image du prêtre. Plus tard à l’adolescence, je me suis posé la question de ces idéaux.

Des questions, parce que vous aviez des combats ?

Oui, comme tout adolescent, on se pose des questions : Est-ce que c’est vrai ? Est-ce que c’est faux ? Que faut-il en penser ? Ce genre de questions par rapport à la foi, par rapport tout simplement au fait d’aller à la Messe chaque dimanche...Moi, j’y allais quand même car j’aimais servir la Messe, mais il est vrai que quelquefois j’y allais en traînant les pieds.

Vous avez aussi parlé de scoutisme !

J’ai commencé à l’âge de 8 ans comme louveteau à Carpentras, ensuite je suis passé aux scouts d’Europe et j’y suis resté jusqu’à l’âge de 18 ans. Entre 16 ans et 17 ans, je suis devenu chef de patrouille, et durant ces 2 années, j’ai pu découvrir la joie de servir le scoutisme comme un chef qui se met au service des autres, organise des activités, permet que tout puisse bien se passer. Ce sont de très bons souvenirs !

Vers 17 ans, on était en exploration c’est à dire on visitait à deux patrouilles, un village dans l’Aveyron, Saint Jean du Bruel. Cette exploration se passait très mal : j’avais 8 garçons sous ma responsabilité et j’avais des caractères forts, dont deux particulièrement, qui ne s’entendaient pas et qui étaient plus brutaux. Et à moment donné, je me suis retrouvé face à une guerre entre ces 2 garçons, m’en prenant plein la figure ; j’étais à la fois peiné et en colère contre eux et mon état d’esprit était tout sauf apaisé. C’est ainsi que je suis entré avec un ami, dans l’église du village, pour me calmer et prier ; et là j’ai vécu une rencontre incroyable :pour commencer, je me suis mis à pleurer à chaudes larmes et pourtant il n’y avait dans ces larmes ni colère, ni tristesse. C’était des larmes de joie. Elles m’ont inondé. Au fond de mon cœur était une chaleur et une petite voix me disait : « Je t’aime, je t’aime, je t’aime ». C’était bouleversant. Toutes mes questions, tous mes doutes étaient résolus.

Vous avez eu la certitude que Dieu vous parlait ?

Oui, pour moi, c’était clair et net. J’étais désiré et aimé par Dieu. Je crois que pour pouvoir rencontrer Dieu, il faut le demander. A ce moment-là, moi, j’étais en détresse et le Seigneur m’a répondu au moment où je l’attendais le plus.

Vos larmes vous ont inondé comme à un baptême ?

Oui on peut dire cela. C’était aussi comme des larmes de conversion. Blaise Pascal a pleuré toute une nuit et il s’est converti à ce moment-là.

Une conversion alors que vous étiez déjà chrétien ?

Je suis passé d’une foi un peu extérieure, où je suivais mes parents, les scouts aussi, à une foi vraiment personnelle.

Que vous a apporté cette re-conversion ?

Dans l’immédiat, cela m’a apporté une grande paix et j’ai pu très facilement pardonné aux deux scouts. Tout s’est arrangé de manière assez incroyable.
Avec ce chemin de foi que je redécouvrais, j’ai pu m’engager de manière plus particulière dans des groupes de prière, dans la paroisse, dans l’aumônerie. Je me suis remis au piano pour le groupe de prière Bethel auprès de qui je m’étais engagé à ce moment-là.
Et puis, à plus long terme, en regardant en arrière, je me rends compte que c’est à ce moment-là que j’ai posé un OUI au Seigneur.

Parce qu’Il vous l’a redemandé ?

Oui, toujours avec cette petite voix intérieure. Souvent cette petite voix, on ne l’entend pas sur le coup, mais plus tard, on se rend compte que ce qu’Il a demandé c’était bien ça. Donc la question de devenir prêtre a continué à grandir. A cette époque, j’étais devenu routier c’est à dire scout aîné et un prêtre des scouts m’accompagnait spirituellement ; on a pu discerner ensemble que le chemin qui s’ouvrait à moi était possiblement celui du sacerdoce. C’est ainsi, qu’après mon année de terminale, je suis allé voir le Père Michel Berger qui était responsable du service des vocations et il m’a aiguillé pour mon entrée au séminaire.

Et c’est ce que vous vouliez ?

Je voulais tester, voir si c’était ça ou non. A 18 ans, je suis entré en propédeutique, qui est une année de discernement pour pouvoir réfléchir et poser le choix d’entrer ou non au séminaire. A 19 et 20 ans, j’étais à Toulon au séminaire de la Castille pour le 1er cycle qui correspond aux études de philosophie.
Arrivé à 21 ans tout justes, le responsable des vocations de l’époque le P. Villette m’a demandé de profiter de ma jeunesse pour aller faire des études, afin de grandir aussi en maturité ; et je suis parti faire de l’histoire à Toulouse et Aix-en-Provence.

Et maintenant ?

Maintenant, je suis entré en second cycle, en études de théologie au studium de Notre-Dame de Vie. Je suis également en service auprès de l’aumônerie des jeunes à Carpentras.

Qu’apportez-vous aux jeunes ?

Pour commencer, j’essaie déjà de leur apporter ce que je suis ; et j’aimerais leur apporter la joie d’être chrétien, la joie de servir et la joie de s’engager aussi. Ces trois points sont essentiels pour une vie de foi active. La joie d’être chrétien, c’est aussi faire la rencontre de Dieu et proposer un chemin avec Dieu, et que cette donnée soit au cœur de leur vie et non quelque chose de secondaire. En étant au cœur de la vie du jeune, Dieu ouvre un chemin de vie, que ce soit le mariage, la vie consacrée ou d’autres voies. Je m’occupe aussi d’un groupe de jeunes, un groupe de musique qui s’appelle Allegria, joie en espagnol. Pour l’instant, nous faisons l’animation des messes, donc c’est plutôt de la pop louange. Mais on va essayer de développer cela pour que ce soit un ministère qui puisse porter les jeunes au cœur de la paroisse.

Et vous, vous vous mettez au piano, piano-rock ?

Exactement, et j’essaie d’offrir mes quelques talents, à ceux que cela peut aider !