Notre fatigue va droit au coeur du Père !

2 juillet 2018

L’intention de prière que la Pape François confie ce mois - ci à notre Eglise nous invite à lever les yeux sur la condition des prêtres dans leur mission pastorale. Sans oublier les prêtres âgés et les religieux prêtres que l’intention concerne aussi, nous pensons d’abord aux prêtres en paroisses, en aumôneries, en mission diocésaine.

En ce mois où nous prions à l’appel du Pape François « pour que les prêtres qui souffrent de la fatigue et de la solitude dans leur travail pastoral soient aidés et consolés par l’amitié du Seigneur et de leurs frères.  » nous reprenons l’homélie qu’il a consacrée lors de la messe chrismale en 2015 à la fatigue des prêtres.
Que ce beau texte nous donne un regard renouvelé sur nos prêtres et les mots, les gestes pour leur dire notre amitié.
S’adressant directement à eux et puisant dans sa propre expérience de pasteur puis d’évêque, le
Pape François identifie toutes sortes de fatigues. Pour lui, si certaines sont « bienheureuses »,
d’autres, souvent liées à « l’auto-référencement » et aux « mondanités », sont mortifères. Il conclut
en rappelant le geste de Jésus lavant les pieds des disciples, il invite les prêtres à se laisser laver
les pieds par le Christ qui « les embrasse comme des blessures de guerre, de sorte que la saleté
du travail, c’est lui qui la nettoie ».
« Notre fatigue est précieuse aux yeux de Jésus, qui nous accueille et nous fait relever »

Extraits :


« La fatigue des prêtres ! Savez-vous combien de fois je pense à cela : à la fatigue de vous tous ?
J’y pense beaucoup et je prie souvent, surtout quand moi aussi je suis fatigué. Je prie pour vous
qui travaillez au milieu du peuple fidèle de Dieu qui vous a été confié, et, pour beaucoup, en des
lieux très abandonnés et dangereux. Notre fatigue, chers prêtres, est comme l’encens qui monte
silencieusement vers le ciel (Ps 140, 2 ; Ap 8, 3-4). Notre fatigue va droit au coeur du Père [...]
Il arrive aussi que, lorsque nous ressentons le poids du travail pastoral, nous ayons la tentation de
nous reposer de n’importe quelle manière, comme si le repos n’était pas une chose de Dieu. Ne
tombons pas dans cette tentation. Notre fatigue est précieuse aux yeux de Jésus, qui nous
accueille et nous fait relever : ? Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, moi je
vous procurerai le repos”- Mt 11, 28. »
« Ayons bien présent à l’esprit qu’une clé de la fécondité sacerdotale se trouve dans la
manière dont nous nous reposons, dont nous sentons que le Seigneur s’occupe de notre
fatigue. Comme il est difficile d’apprendre à se reposer !

Pour nous, prêtres, les histoires de nos gens ne sont pas un bulletin d’information : nous connaissons nos gens, nous pouvons deviner ce qui se passe dans leur cœur ; et le nôtre, en souffrant avec eux, s’effiloche, se défait en mille morceaux, il est bouleversé et semble même mangé par les gens : prenez et mangez. C’est la parole que le prêtre de Jésus chuchote constamment quand il prend soin de son peuple fidèle : prenez et mangez, prenez et buvez… Et ainsi notre vie sacerdotale se donne dans le service, dans la proximité du peuple de Dieu… qui toujours, toujours fatigue. »
« Je voudrais maintenant partager avec vous quelques autres fatigues sur lesquelles j’ai médité. Il y a celle que nous pouvons appeler « la fatigue des gens, la fatigue des foules »  : pour le Seigneur, comme pour nous, elle était épuisante – l’Évangile le dit –, mais c’est une bonne fatigue, une fatigue pleine de fruits et de joie. […]
Il y a aussi la fatigue que nous pouvons appeler « la fatigue des ennemis ». Le démon et ses adeptes ne dorment pas ; et comme leurs oreilles ne supportent pas la Parole de Dieu, ils travaillent inlassablement pour la faire taire ou la troubler. Ici la fatigue de les affronter est plus dure. Non seulement il s’agit de faire le bien, avec toute la peine que cela comporte, mais il faut aussi défendre le troupeau et se défendre soi-même du mal. […]
Il y a aussi « la fatigue de soi-même » (Evangelii gaudium, n. 277). Cette fatigue est plus autoréférentielle : c’est la déception de soi-même, […] Il s’agit de la fatigue qui porte à « vouloir et ne pas vouloir », le fait de tout risquer et ensuite de regretter l’ail et les oignons d’Égypte, de jouer avec l’illusion d’être autre chose ; […] La parole de l’Apocalypse nous indique la cause de cette fatigue : « Tu ne manques pas de persévérance, et tu as tant supporté pour mon nom, sans ménager ta peine. Mais j’ai contre toi que ton premier amour, tu l’as abandonné » – Ap 2, 3-4. Seul l’amour donne du repos. Celui qui ne s’aime pas se fatigue mal, et à la longue, se fatigue plus mal. »

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