« Gaudete et Exsultate » : N’ayez pas peur d’être des saints, exhorte le Pape !

10 avril 2018

La troisième exhortation apostolique du Pape François, « Gaudete et Exsultate », rendue publique le 9 avril 2018, se veut un appel à la sainteté dans le monde contemporain. (Vatican Media)

"Soyez dans la joie et l’allégresse" (Mt 5, 12) s’écrie le Pape ! Ce document d’une quarantaine de pages, publié le 9 avril est divisé en 5 chapitres et 177 paragraphes.
D’emblée, le Souverain Pontife précise qu’il ne s’agit nullement d’un traité savant sur la question, mais bien d’un appel à une sainteté simple et joyeuse dans le monde actuel, « avec ses risques, ses défis et ses opportunités ».

L’appel à la sainteté

Dans ce premier chapitre, le Pape choisit de s’attarder sur cet appel adressé à chaque baptisé, et s’emploie à rassurer ceux qui se laisseraient décourager par des « modèles de sainteté inaccessibles ». Ces témoins, que le Seigneur nous permet de contempler, sont là pour nous encourager et nous stimuler, non pour être copiés, car il existe une voie de sainteté, « unique et spécifique », pour chaque croyant.
Le Seigneur appelle chacun, et « l’Esprit Saint répand la sainteté partout ». « J’aime voir la sainteté dans le patient peuple de Dieu (…). Dans cette constance à aller de l’avant chaque jour, je vois la sainteté de l’Eglise militante », confie le Pape qui parle de « la sainteté de la porte d’à côté », ou de « classe moyenne de la sainteté  », pour évoquer les multiples exemples de « ceux qui vivent proches de nous et sont un reflet de la présence de Dieu ».
La sainteté n’est donc pas un apanage réservé aux évêques ou aux prêtres ; chaque chrétien, quel que ce soit son état de vie, -consacré(e), père ou mère de famille, grands-parents, travailleur, etc.-, est appelé à la vivre, à la faire progresser, par de petits gestes accomplis au quotidien avec foi et amour.
« N’aie pas peur de la sainteté, elle ne t’enlèvera pas tes forces, ni la vie, ni la joie », « n’aie pas peur de viser plus haut, ni de te laisser guider par l’Esprit Saint », sont les appels pressants du Pape qui concluent la première partie.

Deux ennemis subtils de la sainteté

Deux écueils majeurs peuvent nous faire dévier du chemin : le gnosticisme et le pélagianisme, deux hérésies qui marquèrent les premiers siècles du christianisme, mais qui se révèlent encore d’une « préoccupante actualité » (par ailleurs objets d’un récent document de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Fede Placuit Deo). C’est une vision fallacieuse de la sainteté qu’ils proposent, mais leur pouvoir d’attraction sur les croyants est réel.
Le gnosticisme prône un « esprit sans Dieu et sans chair », une vision abstraite et désincarnée, qui donne l’impression d’un équilibre harmonieux et aseptisé. Le Pape n’y voit rien de plus qu’une « superficialité vaniteuse », une « froide logique » qui aspire à tout dominer, même le mystère de Dieu et de sa grâce, jusqu’à préférer « un Dieu sans Christ, un Christ sans Église, une Église sans peuple ».
Le pélagianisme actuel est un dérivé du gnosticisme ; il exalte le primat de l’effort humain sur la grâce même de Dieu, et la justification par ses propres forces. Cette « volonté sans humilité » qu’on se prend à adorer, se gargarise de normes et de préceptes, et se refuse à reconnaître ses limites. « L’obsession pour la loi, la fascination de pouvoir montrer des conquêtes sociales et politiques, l’ostentation dans le soin de la liturgie, de la doctrine et du prestige de l’Église, (…) » en sont quelques signes. Cette négation de la grâce divine, ce refus d’écouter les motions de l’Esprit Saint, cet oubli de la charité peuvent « transformer la vie de l’Eglise en pièce de musée », ou la faire « devenir propriété d’un petit nombre ».

La sainteté à contre-courant

La sainteté peut donner lieu à d’abondantes théories, reconnaît François, qui préfère toutefois revenir aux paroles du Christ, qui a lui-même expliqué ce qu’est la sainteté, lors de la proclamation des Béatitudes (Mt 5). Elles constituent la « carte d’identité du chrétien », elles vont « à contre-courant de ce qui est habituel », et ce sont elles que le Pape place au centre de son troisième chapitre, les passant chacune en revue.
« Être pauvre de cœur, réagir avec une humble douceur, savoir pleurer avec les autres, rechercher la justice avec faim et soif, regarder et agir avec miséricorde, garder le cœur pur de tout ce qui souille l’amour, semer la paix autour de nous, accepter le chemin de l’Évangile même s’il nous crée des problèmes » : « c’est cela la sainteté ! » s’exclame le Pape.
Outre les Béatitudes, François revient sur un autre texte évangélique, celui du Jugement dernier, (Mt 25), qui contient le « grand critère » sur la base duquel nous serons jugés ; autrement dit, la charité, l’appel à reconnaitre le Christ dans le visage de ceux qui souffrent, et à les aimer.
Et le Pape de déplorer la nuisance prégnante d’idéologies qui « mutilent l’Évangile ». D’un côté, « les chrétiens qui séparent ces exigences de l’Evangile de leur relation personnelle à Dieu », et font de l’Eglise une banale ONG. De l’autre, ceux qui considèrent d’un œil suspicieux l’engagement social des autres, y voyant quelque chose de « superficiel », de « mondain », de « communiste », de « populiste », ou tentant d’en relativiser la nécessité. François en profite pour rappeler la sacralité de la vie, et l’urgence de la défendre avec passion et fermeté, qu’il s’agisse de celle de « l’innocent qui n’est pas encore né », que celle « des pauvres et de ceux qui se débattent dans la misère ». La cause des migrants, -que certains catholiques auraient tendance à minimiser, ou qu’ils estiment mineure face aux « questions ‘sérieuses’ de bioéthique »-, participe du même devoir de charité et d’engagement. « Il ne s’agit pas d’une invention d’un Pape ou d’un délire passager », assène le Souverain Pontife.
« La force du témoignage des saints, c’est d’observer les Béatitudes et le critère du Jugement dernier », conclut le Pape, qui incite à relire fréquemment ces textes bibliques, et « d’essayer de les faire chair ».

Caractéristiques de la sainteté dans le monde actuel

Pour comprendre le style de vie, -exigeant mais source de vraie joie-, auquel le Christ nous invite, et pour répondre aux risques ou limites de la culture actuelle, le Pape préconise cinq « expressions spirituelles » indispensables à pratiquer en vue de progresser sur la voie de la sainteté. « L’endurance, la patience et la douceur », face à « l’anxiété nerveuse et violente qui nous disperse », « la joie et le sens de l’humour » face à « la négativité et la tristesse », « l’audace et la ferveur » face à « l’acédie commode et consumériste », la sanctification vécue « en communauté » et « en prière constante », face à « l’individualisme et aux nombreuses formes de spiritualité sans rencontre avec Dieu qui règnent dans le marché religieux actuel ».

Combat, vigilance et discernement

La vie chrétienne est un combat permanent, mais non dénué de beauté, car il permet « de célébrer le Seigneur vainqueur dans notre vie ». C’est une lutte de tous les instants, pas seulement contre la mentalité mondaine ou contre ses propres fragilités et limites, mais aussi contre le diable. Le malin, comme l’appelle Jésus, n’est pas un mythe, un symbole ou une idée, avertit François. C’est une erreur commune de le penser, et cela nous conduit « à baisser les bras ». « Il n’a pas besoin de nous posséder. Il nous empoisonne par la haine, la tristesse, l’envie, par les vices », met en garde le Pape.
Le combat spirituel est une réalité ; pour y faire face, nous disposons des armes puissantes que le Seigneur nous donne : la prière constante, l’écoute de la Parole de Dieu, les sacrements, les œuvres de charité et de miséricorde et l’engagement missionnaire. Il importe de rester confiants, et vigilants, de ne pas céder à la corruption spirituelle, de pratiquer le discernement, en toute chose. Cette « nécessité impérieuse » s’avère plus que jamais urgente dans un monde qui nous soumet, surtout les jeunes, à un « zapping constant », au risque de faire de nous « des marionnettes à la merci des tendances du moment ». Mais attention, le discernement suppose de laisser parler le Seigneur, de renoncer à son propre point de vue partiel, de « s’éduquer à la patience de Dieu et à ses temps qui ne sont jamais les nôtres ». Il ne s’agit pas d’une « autoanalyse intimiste, une introspection égoïste, mais une véritable sortie de nous-mêmes vers le mystère de Dieu qui nous aide à vivre la mission à laquelle il nous a appelés pour le bien de nos frères ».
Et le Pape de conclure cette exhortation apostolique en appelant à tourner le regard vers la Vierge Marie, elle qui « vécut les Béatitudes de Jésus », et en priant « l’Esprit Saint d’infuser en nous un intense désir d’être saint pour la plus grande gloire de Dieu et aidons-nous les uns les autres dans cet effort. Ainsi, nous partagerons un bonheur que le monde ne pourra nous enlever ».

Article Vatican news 9 avril 2018

Exhortation téléchargeable en pièce jointe