Décès de Denys Richomme
(1964 - 2017)

23 janvier 2017

Denys Richomme, diacre, est décédé le 16 janvier 2017 en Côtes d’Armor, près de l’Abbaye de Timadeuc, où il était retiré.

Homélie du Père Benoît,
abbé de l’Abbaye Notre-Dame de Timadeuc

« Heureux les pauvres de coeur : le Royaume des cieux est à eux ! »

Né le 1er novembre 1964, jour de la Toussaint où la liturgie nous fait entendre les Béatitudes, on peut dire que celles-ci furent le programme de vie que Dieu proposait à Denys dès sa naissance. Dans son ministère de diacre, notamment à Timadeuc, il eut à prêcher à plusieurs reprises sur cet horizon de bonheur proposé par le Christ à ses disciples. Cependant, c’est le texte de la première lecture entendue qui, en 2012 lorsqu’il rédigea son Testament spirituel, retint son attention. « Là où le péché s’était multiplié, la grâce a surabondé. » Conscient de sa vie cabossée, de ses blessures, de ses fragilités, Denys a expérimenté dans les dernières années de sa vie l’infinie miséricorde dont Dieu l’entourait.

Un proche en apprenant son décès lundi dernier disait de lui : « J’avais et j’aurai toujours pour Denys une affection particulière, notamment pour l’homme blessé de la vie. Il avait su retourner ces blessures en un puissant élan d’amour fraternel qui apparaissait au détour de chacun de ses regards et de ses mots. » C’est vrai, la vie de Denys n’a pas toujours été facile. Elle fut traversée par de grandes fractures. Mais, on peut dire que depuis la grosse épreuve de santé qui avait failli lui coûter la vie il y a trois ans, il avait trouvé la paix, la sérénité, et même un rayonnement dont il n’avait pas forcément conscience mais dont votre présence aujourd’hui ici témoigne sans ambiguïté.

En 2012, à l’occasion du 15ème anniversaire de son ordination diaconale, Denys a donc commencé la rédaction d’un testament spirituel. Pressentait-il déjà les problèmes de santé qu’il allait bientôt connaître ? En tous cas, il se préparait à toutes les éventualités dans une prière d’anticipation qu’il adresse à Dieu le Père. Je vous en cite quelques extraits qui vous diront l’homme de foi qu’était Denys : « Père, je sais que je mourrai un jour. C’est inscrit dans la vie de chacun d’entre nous... Je ne connais ni l’année, ni le jour, ni l’heure de ma mort ; je ne sais pas si je mourrai subitement, par accident, à la suite d’une longue maladie ou usé par la vieillesse… Bien plus, Père, je ne sais même pas si au moment de mourir, j’aurai ma connaissance, si je pourrai prier, penser à Toi, t’accueillir Père ou plus justement savoir que tu vas m’accueillir. Père, aujourd’hui, en pleine conscience et en toute liberté, je t’offre ma vie et ma mort. Je voudrais que ma mort soit l’expression d’une pauvre et humble prière de foi, d’espérance et de charité... Père, je crois, j’espère, j’ai confiance en toi ; je veux t’aimer pour toujours. Amen. »
Il poursuivait ensuite sa réflexion par ces mots : « Il y a peu, le 1er novembre, je suis entré dans ma 49ème année. Je suis désormais sur le déclin. J’accepte de rétrécir. Je m’avance progressivement, mais sûrement, vers le terme de mon existence terrestre. Par la mort, je connaîtrais « l’ultime étape de la croissance humaine ». Sans être pressé de rejoindre l’éternité de Dieu, je me crois prêt à partir sur l’autre rive, celle où il n’y a plus ni larmes, ni souffrances, ni douleurs… J’attends et je me prépare au face à face, à la
RENCONTRE avec CELUI que j’ai aimé, que j’ai cherché, que je me suis efforcé de louer, de bénir, de prier, de servir en servant mes frères en humanité… »

Ce service des frères, Denys l’a accompli avec courage et abnégation jusqu’au dernier jour de sa présence à l’infirmerie de Timadeuc où il continuait à dresser la table du petit déjeuner aux frères anciens. Il se sera dépensé sans compter auprès de nos frères malades. Son ministère de diacre l’a conduit à s’impliquer auprès de la fraternité des malades de Bréhan et auprès de bon nombre de personnes en souffrance. Etant lui-même en souffrance, il savait comprendre les souffrants et les réconforter. Chargé de faire les courses dont nous avions besoin, Denys a été un trait d’union entre la communauté et les gens de Bréhan et de Rohan.

A Timadeuc, nous avons bénéficié de ses homélies et de ses prières universelles toujours très en prises avec l’actualité présente. Il aimait énormément la liturgie. Homme de lecture insatiable, curieux de tout, en particulier d’histoire, Denys possédait une culture étendue dans bien des domaines et une mémoire précieuse qui en faisait un compagnon agréable et jamais à court de conversations ou d’idées. Homme au caractère entier, ce qui parfois l’a desservi, Denys était aussi et surtout quelqu’un de très relationnel qui suscitait la sympathie et l’amitié lorsque le courant passait. Je suis personnellement frappé par le témoignage de sa fidélité indéfectible à l’égard de ses amis et des gens qu’il aimait et qui le lui rendaient bien en retour. Eh bien, s’il n’y a pas un brin de sainteté là-dedans, où en trouverons-nous ?
Dans la maladie qui l’a terrassé, Denys s’est montré d’un grand courage et d’une patience méritoire car ce n’était pas sa vertu cardinale. Il ne voulait déranger personne, il ne voulait pas être un poids. Et il ne le fut à aucun moment. Jusqu’au bout, il assuma ce qu’il put assumer. C’était un homme généreux, donné, avec un sens aigu du devoir, quelqu’un sur qui on pouvait compter. Nous lui sommes d’une grande reconnaissance pour tout ce qu’il a été parmi nous et nous le confions à la miséricorde de Dieu. Qu’il daigne lui ouvrir les portes de sa joie éternelle !

Père Benoît
Abbé de l’Abbaye Notre-Dame de Timadeuc
​19 janvier 2017

Allocution prononcée par le Père Jean-Marie Gérard,
Vicaire général

Denys est arrivé dans notre diocèse dans les années 1990 comme surveillant général au collège Champfleury d’Avignon, tenu par les sœurs Trinitaires. C’est là que la supérieure de la communauté me demande de l’aider dans son cheminement spirituel.
Très attaché à la formation de la jeunesse, il fait d’abord un essai chez les Salésiens à Toulon, puis il revient dans l’Enseignement Catholique au collège Saint Michel d’Avignon. Il s’engage dans la vie paroissiale du centre-ville d’Avignon et dans le groupe Scouts de France Notre-Dame des Doms tout en suivant une formation vers le diaconat permanent.
Ordonné diacre permanent du diocèse d’Avignon à l’église Saint-Didier le 23 Novembre 1997 en la fête du Christ Roi, tout en restant attaché aux paroisses du centre-ville d’Avignon et à l’Enseignement catholique, Mgr Bouchex alors archevêque d’Avignon lui donne la responsabilité de la catéchèse du diocèse. En 2000, en plus de cette responsabilité, Mgr Bouchex le nomme au secteur interparoissial de Vaison-la-Romaine, où j’étais alors curé.

Après l’arrivée du nouvel archevêque, Mgr Jean-Pierre Cattenoz, il arrête en 2004 sa responsabilité au niveau diocésain de la catéchèse pour s’investir complètement dans son service diaconal sur le secteur de Vaison avec le nouveau curé, le Père André Mestre, à qui il est très attaché. Depuis 2007, il désirait pouvoir remonter en Bretagne plus près de ses parents mais ne voulait pas laisser le Père Mestre ; et en 2009, à la mort d’André Mestre, il fait officiellement sa demande à l’évêque de Saint Brieuc et Tréguier. En accord avec les deux évêques, il va alors rejoindre sa Bretagne natale où il trouvera dès octobre 2009, avec la communauté de Timadeuc, un lieu de paix et de sérénité dans lequel il va faire une très belle montée spirituelle, et ce jusqu’à son retour vers le Père ce lundi 16 janvier 2017.

Denys a témoigné de l’amour du Seigneur auprès de très nombreuses personnes lorsqu’il était dans notre diocèse, que ce soit auprès de chrétiens comme auprès de personnes éloignées de l’Eglise, et il avait pour cela un vrai charisme.

Notre archevêque, en me demandant d’être présent aujourd’hui avec vous, veut signifier la reconnaissance du diocèse d’Avignon pour tout le service Evangélique vécu par Denys au milieu de nous et assurer sa famille humaine et spirituelle de ses prières et de sa communion dans la peine de son départ, mais dans l’espérance qu’en serviteur du Seigneur, il trouve auprès de lui la vie éternelle.

Père Jean-Marie Gérard
Vicaire général
19 janvier 2017