8 siècles de présence franciscaine en France méridionale

20 septembre 2017

François d’Assise, qui est à l’origine du mouvement évangélique et de la fondation de « l’Ordre des frères mineurs », - qu’on appelle aujourd’hui « franciscains » - est mort en 1226, il y a 8 siècles. En 1209, François a rassemblé autour de lui une dizaine d’hommes et a obtenu du Pape Innocent III la confirmation d’une Règle de vie selon l’évangile. Ce petit noyau primitif a connu rapidement une croissance très rapide en Italie, - en moins de 10 ans – il comptait plus d’un millier de frères.

Arrivée et expansion en France 

François voulait que les frères se répandent partout, en commençant par la France du Sud, Espagne, et de là jusqu’au Nord, le Royaume de France. Au Chapitre qu’il convoqua en 1217 à Assise, François qui avait déjà tenté de se rendre en Espagne, souhaitait de se rendre lui-même en France, qu’il aimait et dont il parlait la langue, mais le cardinal Hugolin, protecteur de l’Ordre l’en dissuada. Aussi a-t-il désigné un frère – Jean Bonelli -, comme « ministre », responsable d’une trentaine de compagnons et les a envoyés dans le sud méditerranéen : Provence et Occitanie. En 1217 les frères s’établirent d’abord en Arles ; en 10 ans d’autres fondations suivirent : Apt, Aix, Draguignan, Nice, Gap, Riez, Avignon. Il en fut de même en Languedoc : Montpellier, Nîmes, Toulouse, Mirepoix, Brive, Limoges Un autre groupe, avec le frère Pacifique, s’est dirigé vers le Nord, dans le Royaume de France, où sa présence est attestée dans les années 1219-20, à Paris et à Vézelay.

Les frères furent accueillis par les gens et s’installaient comme ils pouvaient, menant une vie de prière, d’amour fraternel, de pauvreté et de contacts évangéliques avec les gens, annonçant ainsi l’évangile du Christ. Dans les années 1224-1226, envoyé par François, est passé dans le Midi, Antoine de Padoue, théologien et grand prédicateur, pour enseigner, former les frères et prêcher, entre Arles, Montpellier, Brive. Lors d’un de ses sermons aux frères d’Arles, François, encore vivant, apparut par miracle, aux yeux des frères en prière. Les vocations et les fondations étaient nombreuses ; en 1270, - 50 ans après l’arrivée des frères on comptait sur le territoire de la Provence actuelle environ 50 couvents. A quoi il faut ajouter la venue des clarisses, dès le vivant même de Claire d’Assise, et leurs fondations : d’Avignon (1230), Nîmes, Arles, Tarascon, Sisteron.


Icône des premiers Franciscains de France, de Franck Monvoisin, de la Fraternité franciscaine


Présence franciscaine au cours des siècles suivants 

13ème siècle : Les Spirituels de Provence

Le siècle qui suivra sera celui des débats et controverses passionnés au sujet de la pauvreté radicale que proposait aux frères la Règle : renoncement à toute propriété, à l’usage de l’argent, - et pour vivre -, recours à la quête. De nombreux frères, originaires surtout du Languedoc, et dont le maître spirituel était le grand théologien Jean Olieu, soutenaient que Jésus a choisi et vécu une telle pauvreté, et que la Règle laissée par François, y obligeait tous les frères. Opinion à laquelle s’opposait une grande partie de l’Ordre, qui avait une interprétation et surtout une pratique loin d’un tel radicalisme. Saisi de cette controverse interne de l’Ordre, le Pape d’Avignon Jean XXII, condamne comme hérétique cette thèse des frères appelés « Spirituels ». Plusieurs d’entre eux se révoltent et refusent ce jugement. Convoqués en Avignon, ils sont mis en prison ; - quatre d’entre eux seront brûlés vifs à Marseille en 1317. Dix années plus tard, le même pape, pour des raisons religieux et politiques, après maints débats, condamne de nouveau comme hérétique l’affirmation que le Christ a choisi la pauvreté absolue et que les frères qui se proclament ses imitateurs, ne peuvent prétendre être l’Ordre le plus parfait de l’Eglise. Cette fois, c’est l’Ordre entier qui s’insurge contre cette condamnation - et en un Chapitre convoqué à Assise -, proclame comme hérétique le pape lui-même !


14ème -16ème siècles : Le temps de réformes

Le débat entre l’Ordre et les Spirituels ne s’est apaisé que vers la fin du 13e siècle avec une première réforme appelée « observance », commencée en Italie et très vite étendue à toute l’Europe, en France aussi, bien entendu. Les frères qui y adhéraient souhaitaient plus de solitude, s’engageaient à pratiquer à la lettre la pauvreté que prescrivait la Règle, mais sans prétendre que la perfection consistait d’abord en cela. Vers la fin du 14e siècle le gros de l’Ordre est devenu « observant », au point qu’en 1517 le Pape Léon X en a séparé le groupe minoritaire qui n’acceptait pas la réforme, habitait souvent des bâtiments spacieux et prospères, et qu’on appelait les « conventuels ». En France à l’époque, le nom populaire des frères mineurs était « cordeliers », parce que le ceinturon de leur habit n’était pas de cuir mais tout simplement une corde
Environ un bon siècle après les débuts de cette première réforme, à l’intérieur même de l’observance qui oubliant son élan primitif devenait installée et prospère, se faisait sentir le besoin de nouvelles réformes : retrouver les inspirations des origines : vie de prière intense, de solitude, de pauvreté réelle, d’humbles services. A côté des observants et des conventuels surgiront en Italie des « capucins » et des »riformati » ; en France et en Belgique des « récollets », en Espagne des »alcantarins ». Ainsi, en Avignon en 1612, des observants passent à la récollection, ou fondent et construisent des couvents en d’autres lieux. Comme conséquence, un peu partout en Provence et ailleurs en France, on trouve des édifices et des rues qui portent des noms : cordeliers, observants, capucins, récollets. Il s’agit pourtant toujours de la même famille de base : ordre des frères mineurs. Au cours de 8 siècles la Provence et le Languedoc connaissent ainsi une présence familière d’inspiration franciscaine, numériquement et localement importante, qui a laissé partout des traces : édifices –églises, couvents, avec des noms divers, sans oublier l’influence qu’elle a exercée dans la vie religieuse de l’époque.
 

La Révolution

Cette présence religieuse, avec ses forces et ses faiblesses, sera radicalement rasée par la Révolution. Suppression de tous les ordres religieux, sécularisation forcée de tous leurs membres, plusieurs exécutions, confiscation des églises et bâtiments : couvents et monastères. La présence masculine ne reprendra en France que vers l’an 1850, quand les franciscains et les capucins y feront des fondations qui, étonnamment, connaîtront une très rapide expansion. Chaque branche y créera en quelques dizaines d’années 5 provinces religieuses, qui compteront au cours du XXe siècle, pas loin de deux mille frères. Les clarisses aussi reviendront, et cela bien avant les frères. Ce sera encore en France une époque de créations de dizaines nouvelles congrégations de sœurs franciscaines. - Et pour parler des laîcs - sous l’influence d’Ozanam et d’autres figures, ce sera apparition de nombreux et dynamiques groupes du Tiers Ordre Franciscain, qu’aujourd’hui nous appelons,  »fraternités de franciscains séculiers ».

Toutes les données de ce texte sont basées sur les travaux de Pierre Péano, historien franciscain, spécialiste du midi de la France.

Fr Thaddée Matura